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Une cuisine sans mauvaise surprise

Une cuisine sans mauvaise surprise
Décembre 2007
Le Particulier pratique n° 330, article complet.
Auteur : SARGIS (Marise)

Faire aménager une cuisine intégrée est un parcours semé d'embûches. Tout est fait pour que le consommateur se laisse tenter par de jolies façades de placards, et la pose, souvent source de problèmes, est considérée comme un détail. Comment décrypter au mieux ce scénario à hauts risques.

C'est entre 25 et 49 ans que l'on s'équipe de sa première cuisine intégrée. On peaufine souvent une autre version à la cinquantaine, mais tous projets confondus, le prix moyen se situe autour de 4 000 €. De fortes disparités tarifaires existent en fonction du circuit de vente. Mais sachez que chez les quatre cuisinistes à qui nous avons demandé des devis, nous n'avons pu prétendre à des meubles laqués avec un budget de 10 000 €

On comprend que les Français s'orientent en majorité (67 %) vers les meubles à monter soi-même, beaucoup plus accessibles, avec des prix discount à 1 000 €. Ce créneau est occupé par Ikea, But, Conforama, Leroy Merlin et Lapeyre.

Actuellement, le marché est florissant (+ 5,60 % en 2006), dopé par le retard des Français (leur taux d'équipement est inférieur de moitié à celui des Italiens

). L'effet TVA à 5,50 %, qui s'applique sur les meubles, les sanitaires et la pose (électroménager exclu), à condition que le client commande une cuisine complète et que la facturation de la pose et des meubles soit effectuée par le même professionnel, dans des locaux d'habitation de plus de deux ans, joue aussi à plein. Fleurant le potentiel, toute la distribution exploite le filon, jusqu'à Darty, qui a ouvert cette année un espace de vente à Paris, avec l'exposition d'une trentaine de modèles. La profession recrute 600 vendeurs supplémentaires par an.

Savoir qui se cache derrière la porte

Les consommateurs peuvent avoir à traiter avec plusieurs types de concepteurs-installateurs. Les concessionnaires indépendants revendent la marque d'un fabricant (Schmidt, Chabert Duval, Arthur Bonnet, Teisseire, Cuisinella, Mobalpa, Pérène, Socoo'c, Bulthaup, Siematic...), voire de plusieurs (Pyram, Comera...). Dans ce cas, la politique commerciale s'avère souvent moins coercitive, avec des prix plus libres, que chez les franchisés, qui obéissent à un cahier des charges (Cuisine +, Mondial Kit...), ou les succursalistes (Vogica, Hygena, mais aussi Darty, Ikea, But, Castorama, Lapeyre...). Inversement, ces derniers peuvent arguer de la pérennité plus assurée de l'entreprise. Enfin, les artisans indépendants sont de moins en moins directement sollicités pour de tels chantiers (7 %).

Chez quel fabricant se fournit votre concepteur-installateur ? Ce n'est pas toujours clair. Certains succursalistes font état des usines de la marque (Mobalpa, Vogica), d'autres vous laissent dans le flou (Darty indique seulement se fournir chez deux fabricants allemands). Or, la marque du modèle devrait figurer sur le devis, comme nous le verrons plus loin. Ainsi, 64 % des manquements constatés par la DGCCRF fin 2006 consistaient en un défaut d'affichage des mentions qualitatives, du prix des produits ou des prestations de pose, et en offres de rabais illicites. En effet, chez tous, la stratégie commerciale repose sur le fait de gagner, en deux heures, la confiance du client afin de le faire signer, certains par l'appât d'une remise mirobolante... Nous l'avons expérimenté en nous rendant chez quelques cuisinistes comme des clients ordinaires.

Prévoir un premier rendez-vous de longue durée

Une première consultation pour un projet novice d'achat de cuisine exige deux heures au minimum. Il est donc impératif de prendre rendez-vous avant de se déplacer, et d'apporter les mesures de la pièce (pensez à situer le trou d'évacuation de la hotte, les arrivées d'eau et de gaz, à repérer le sens d'ouverture des portes).

Ces dernières servent à fixer les idées, mais elles ne vous engagent pas à ce stade. De toute manière, un métré postérieur sera réalisé par le cuisiniste s'il est sérieux.

Sur place, un questionnaire détaillé vous attend. Afin de pouvoir y répondre au fur et à mesure, il est préférable d'avoir déjà réfléchi à la forme de la cuisine (en L, en U, sur un côté... ; voir le site Ikea, très explicite), à l'articulation des zones de froid et de chaud, aux rangements, au style, au coloris, même approximatif, au matériau du plan de travail, au type d'évier, d'avoir déterminé les appareils électroménagers à garder et ceux à racheter. Peu de professionnels vous parleront d'éclairage, pensez-y aussi.

Ne pas se laisser hypnotiser par la plus belle déco

En magasin, on commence par faire rêver le client, le décorum passe en premier. Le (ou la) conseiller(ère) s'installe devant son ordinateur avec les mesures de la pièce. Une fois le budget indiqué – ne pas livrer trop vite son plafond – vient immédiatement le choix du style de façade (alu, rustique, verre, bois laqué...), en clair, du modèle. à Darty, le consommateur est tout de suite entraîné vers le nuancier de 250 couleurs pour sélectionner un ton de vert. C'est exceptionnel. Mobalpa et Lapeyre proposent une nuance de vert, un point c'est tout. Ensuite, il faut choisir parmi une kyrielle de poignées. Le plan de travail suit dans la foulée. Du plan stratifié entrée de gamme (décor béton, granit, bois ou couleur moka) jusqu'à celui en verre ou en granit de quartz blanc, les prix font le grand écart. Darty, encore une fois, est le champion, proposant une large panoplie.

Lâcher du lest, tout en gardant le cap

Cette étape franchie, le conseiller commence par loger les meubles du bas, il les range en alternance plus ou moins autoritairement sous le plan de travail : casserolier, placard à poubelles, meuble avec simple étagère, tiroir... (Le jour où nous sommes passés, Lapeyre a disposé “manu militari” un meuble “saveurs” au bout du plan de travail). Puis le vendeur place l'évier. Il faut décider le nombre de bacs et le matériau. De longs palabres s'ensuivent si le client manifeste quelques exigences. Si peu de cuisinistes proposent l'évier deux bacs en céramique blanche en angle, tous ont, globalement, les matériaux les plus courants. On vous guidera surtout en fonction du budget annoncé, en comptant les options déjà prises. On fait ensuite le point sur les équipements électroménagers à garder ou à renouveler. Ce premier rendez-vous porte sur l'esthétique : façade alu du lave-vaisselle pour l'assortir à la hotte alu. Si le client n'a pas creusé le sujet de son côté, il rique d'être dépassé.

Comparer les prix des appareils électroménagers

Ce poste du budget peut se révéler important. Les cuisinistes travaillent avec un nombre assez réduit de marques. Darty est celui qui propose le plus de choix de marques d'électroménager, mais renvoie facilement à son réseau de magasins pour la vente. “Cela signifie qu'ils ne sont pas “gueltés” [c'est-à-dire rémunérés pour]”, confie un professionnel. Garder un réfrigérateur en état de marche ne soulève pas de difficultés auprès du vendeur. En revanche, la majorité des enseignes engagent à racheter hotte, lave-vaisselle ou appareils de cuisson. Pour être esthétique, une cuisine intégrée demande une certaine homogénéité. Mobalpa a été le seul à nous conseiller de conserver la cuisinière à gaz, en arguant du fait qu'il n'existe pas de four à gaz en modèle intégré.

Le plan des meubles du bas terminé vient le tour du haut. C'est plus rapide. La tendance générale est de truffer les murs de placards de rangement – le prix dépend aussi du nombre de meubles. Il faut beaucoup insister pour laisser un mur vide ou se limiter à de simples étagères, dont le choix est dérisoire, sauf chez Lapeyre.

Ne pas signer l'esquisse remise au final

A la fin de l'entretien, l'ordinateur livre un dessin en couleurs de la future cuisine. Les souhaits du client pris en compte et le budget bien calé, l'entretien s'achève par la remise d'une esquisse. Vogica pousse l'effet de surprise jusqu'à faire exécuter un croquis du projet par un dessinateur maison, mais refuse de le remettre si le client ne signe pas le devis

“L'esquisse est la propriété intellectuelle de l'enseigne, le vendeur n'est pas obligé de la remettre au client. Mais le document doit absolument indiquer que le plan n'est pas contractuel. Le client ne doit jamais signer une telle perspective”, commente le Snec.

A ce stade, rien de technique n'a encore été abordé. Le vendeur se contente d'évoquer la chronologie des étapes futures, les modalités de paiement et le délai de livraison des meubles (généralement six semaines). “Toute la réussite du métier de cuisiniste est de démontrer au client qu'il a écouté ses attentes. Le fait que le client ait bien compris l'esquisse, qu'il puisse vraiment se l'approprier, est déterminant pour la suite”, estime Jacques Broche, secrétaire général du Snec, un syndicat actif dans le règlement des litiges.

Parapher le devis de fournitures engage le client

Certains cuisinistes comme Vogica font tout pour que le client signe un chèque d'acompte, quitte à se rabattre, sinon, sur le devis. La plupart le laissent repartir avec son esquisse sous le bras, et son devis. La marque de la cuisine choisie doit être notée, ainsi que les matériaux exacts, c'est loin d'être partout le cas. Si le client signe le devis, il s'engage définitivement. Il faut savoir que dans les salons et les magasins, le consommateur ne bénéficie d'aucun délai de rétractation, à moins d'avoir contracté un crédit et de faire valoir qu'il a sept jours pour annuler sa commande. La pression du vendeur pour faire signer un devis peut être redoutable. Vogica a tout fait pour nous faire parapher le sien sur-le-champ... en argumentant fallacieusement que cela n'engageait à rien

Insister pour verser le solde à la fin du chantier

Certains cuisinistes exigent un paiement intégral à la réception des meubles. Or, garder un solde est le seul recours dont dispose le particulier face à un professionnel du bâtiment. Bon élève, Lapeyre prévoit 50 % à la commande et 50 % à la fin du chantier, alors que Darty impose un acompte de 30 % à la commande et 70 % à la livraison des meubles. En tout cas, “si le contrat exige que le prix de la pose soit réglé avant la livraison des meubles, il s'agit d'une clause abusive”, prévient le Snec.

Une fois que le client est d'accord avec un projet, il prend rendez-vous avec le cuisiniste pour un métré à son domicile. Dans les magasins indépendants, c'est le vendeur qui se déplace, et qui coordonne tout (comme à Mobalpa). Le plan au sol, ou le plan technique qui en résulte, doit être signé des deux parties. On passe alors à la phase contractuelle, où des engagements juridiques sont pris, et où les aspects techniques prennent corps.

Insister pour signer un contrat de pose distinct

Les vendeurs ne parlent pas de la pose de prime abord. C'est au client de se montrer averti en posant les bonnes questions, avant de signer le bon de commande des fournitures. La plupart des litiges portent sur les mauvaises conditions de pose, et les contrats tels qu'ils sont signés actuellement tendent à tout mélanger.

La majorité des cuisinistes recourent aux services de sous-traitants, avec un cadre juridique plus ou moins flou. Pour que la loi sur la sous-traitance des travaux du 31 décembre 1975 s'applique, il faut qu'il existe un contrat d'entreprise. Celui-ci doit prendre la forme d'un contrat de pose bien distinct du contrat de vente de fournitures. à cette condition, le sous-traitant est placé sous la seule responsabilité du cuisiniste, qui s'engage sur la qualité du travail du sous-traitant comme s'il s'agissait de son salarié. L'important est donc de veiller à signer avec le cuisiniste deux contrats. Un contrat de vente des fournitures avec une date de livraison, d'une part, et un contrat de pose avec une date de pose, d'autre part. C'est ce qui est préconisé dans le cadre de la certification Afaq. Dans la majeure partie des cas, actuellement, un seul contrat est signé. Or, la jurisprudence considère un tel contrat mixte comme un contrat de vente, compte tenu de la disproportion entre les prestations : la partie fournitures pèse 90 % et la pose seulement 10 %. Par conséquent, sous ce mode, le cuisiniste ne s'engage que sur la livraison des fournitures, conformément au bon de commande, et pas sur la pose.

Choisir un professionnel certifié Afaq Afnor

Pour obtenir le maximum de garanties, les consommateurs ont intérêt à rechercher des professionnels appliquant le récent référentiel Afaq “La cuisine à vos mesures”, signé par le syndicat des cuisinistes, cinq associations de consommateurs et la DGCCRF, et publié au Journal officiel. Malheureusement, il n'y a actuellement que 60 certifiés (voir “En savoir plus”).

Dans le cadre de la certification Afaq, les cuisinistes s'engagent à avertir leur client que tous les travaux de préparation et de mise aux normes de l'installation (modification des arrivées d'eau et de vidange, robinet de gaz, carrelages muraux, de sol et du plan de travail) doivent s'effectuer préalablement et sous leur responsabilité. En effet, la plupart des cuisinistes se contentent de la menuiserie classique, du montage de meubles et de l'installation d'électroménager intégré. Seulement une centaine d'entre eux sont en mesure de se charger eux-mêmes d'activités de bâtiment comme le carrelage, la plomberie et l'électricité, avec une remise aux normes. Le consommateur peut ainsi se retrouver avec une hotte ou un four sans prise de terre, voire sans disjoncteur approprié...

Pour éviter ces déboires, il est prévu dans les engagements Afaq que le cuisiniste inclue dans le contrat de pose la mention “le client procède à la mise en conformité par rapport au plan technique contractuel établi par le cuisiniste selon les normes en vigueur”. Ce point permet de clarifier les responsabilités.

Parapher les six documents étape par étape

Le parcours contractuel de la démarche Afaq entraîne pour le client six signatures, par ordre chronologique : le contrat de vente (qui est le bon de commande de fournitures, distinct du devis de fournitures) ; les engagements de services (ce qui est pris en charge ou non par le cuisiniste) ; le plan de conception au sol, voire à l'échelle (il matérialise l'implantation des fournitures après le relevé de cotes par le professionnel) ; le plan technique définitif (il signale les exigences en plomberie, électricité et gaz, et invite, si nécessaire, le client à procéder à des travaux de mise aux normes) ; le contrat de pose (sous la forme du devis de pose ou du bon de commande de pose, qui vaudra contrat d'entreprise au sens de la loi sur la sous-traitance) ; enfin, le certificat de fin de travaux, en présence du cuisiniste, pas du sous-traitant. Dans le cadre de la certification Afaq, le paiement du solde (75 % du prix de la pose) n'intervient qu'à ce moment-là.

Demander la garantie décennale du cuisiniste

Quand un contrat de pose est conclu, le coordinateur des travaux est le cuisiniste, pas le sous-traitant. Le client n'a qu'un seul interlocuteur. Le cuisiniste établit un contrat de sous-traitance avec l'entreprise de pose et réceptionne les travaux. Le certificat de fin de travaux purge les vices apparents si le consommateur n'a pas émis de réserves. La garantie décennale commence à courir à partir de cette signature. En pratique, cette garantie protège le client en cas de désordre, souvent lié à de mauvais raccordements (hotte, machine à laver...), quand ils compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination.

Marise Sargis


Mots-clés :

CUISINISTE , DEVIS , EQUIPEMENT DOMESTIQUE




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