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Faut-il croire aux promesses des cartes comarquées ?

Faut-il croire aux promesses des cartes comarquées ?
Juillet-Août 2008
Le Particulier n° 1027, article complet.
Auteur : BOCCARA (Laurence)

Vous fidéliser et vous accorder des facilités de paiement : c'est ce que proposent les nouvelles cartes de paiement aux couleurs d'une enseigne commerciale. Une offre séduisante qui cache des pratiques marketing et financières dont il vaut mieux être averti avant de signer.

Big Bang dans l'univers des cartes bancaires : depuis octobre 2007, les marques commerciales sont autorisées à distribuer des cartes de paiement universel à leurs couleurs. Une quinzaine de cartes sont aujourd'hui disponibles, émises par Nouvelles Frontières, Renault, Fiat, Auchan, Carrefour, Galeries Lafayette, Air France, Accor, etc. Dans quelques mois, ce sera au tour d'Orange, de Super U et de la SNCF d'avoir la leur. « Beaucoup de projets de grands groupes sont en gestation. Ils devraient sortir fin 2008 ou courant 2009 », annonce Jean-Marie Dragon, directeur marketing de l'argent au quotidien à la Banque Postale. Ces cartes sont ce qu'on appelle des cartes « cobrandées », ou « comarquées », puis­qu'elles associent une marque commerciale (et non plus une banque) à un des deux grands réseaux internationaux de cartes, Visa et MasterCard. Fini donc l'éternel visuel bleu, noir ou doré

Place à la variété et à la couleur. Mais, au-delà de l'habillage, offrent-elles de nouveaux services et de réels avantages supplémentaires ? Quelles sont les différences avec la classique carte bancaire ? Quels sont leurs atouts et leurs inconvénients ? Mieux vaut mûrement réfléchir avant de leur faire une place dans votre portefeuille.

Visa ou MasterCard.

Les cartes comarquées sont proposées en majorité avec la formule de base type Visa et MasterCard. Seuls Carrefour et Auchan ont décliné une version haut de gamme (Visa Premier). En septembre, la Mutuelle d'assurance du corps sanitaire français (MACSF) sortira une carte Gold MasterCard, qui viendra compléter sa gamme. « Il est probable que les différentes versions d'une même carte verront le jour dans quelques années, le marché est encore jeune », anticipe Jérôme Chouleur, directeur développement France de LaSer Cofinoga, à l'origine de la carte Galeries Lafayette. Comme les cartes internationales Visa ou MasterCard, les cartes comarquées portant un de ces logos sont des cartes de paiement et de retraits d'espèces partout dans le monde. Et, bien entendu, elles comportent les mêmes services d'assurance et d'assistance liés à la carte bancaire. Selon le standing de la carte (Visa internationale, Visa Premier, MasterCard ou Gold MasterCard), le niveau de ces couvertures en cas de décès, de maladie ou d'accident est plus ou moins élevé.

Des services bancaires spécifiques.

En revanche, ces nouvelles cartes diffèrent des cartes bancaires classiques sur quatre points. D'abord, elles sont toutes proposées dans une version « débit différé ». L'option « débit immédiat » commercialisée par les banques n'existe pas. Deuxième différence : elles ne sont pas directement reliées à votre compte courant. C'est pourquoi, lors de la souscription, vous devrez signer une autorisation de prélèvement automatique. Les dépenses payées avec ce type de carte seront enregistrées et, en fin de mois, un relevé récapitulant vos dépenses vous sera adressé. Le montant total sera débité en une seule fois sur votre compte bancaire actuel. Vous n'avez donc pas besoin de changer de banque.

Troisième différence, et de taille, ces cartes vous offrent la possibilité de payer à crédit. « Pour la première fois en France, les fonctions de débit et de crédit coexistent sur une seule et même carte », explique Thierry Dinard, spécialiste des cartes bancaires chez Altenor Consulting. Désormais, dès la souscription, l'enseigne et son partenaire financier attribuent au titulaire de la carte une réserve d'argent disponible dans laquelle il pourra piocher à volonté pour payer ses achats en plusieurs fois. Cette réserve dépend évidemment du niveau de ses revenus. Dernière particularité, ces cartes sont aussi des cartes de fidélité.

Ristournes, cadeaux et autres avantages.

En effet, les cartes comarquées permettent d'obtenir toutes sortes d'avantages, dont la liste est savamment concoctée par les as du marketing des sociétés qui les ont émises. « Pour les différencier de la concurrence et des cartes bancaires standard, chaque enseigne tente de donner à son support de la “valeur ajoutée”, avec des services, des avantages et des atouts », résume Stéphane Dessirier, directeur assurance IARD et prévoyance à la MACSF. Dans la plupart des cas, on joue sur plusieurs registres. Le plus courant consiste à utiliser le bon vieux système des points de fidélité. Chaque euro dépensé avec la carte (sous forme de paiement, mais pas de retrait) génère ainsi des points qui, une fois cumulés, ouvrent droit à des chèques-cadeaux à dépenser dans l'enseigne (sur les modèles des S'Miles aux Galeries Lafayette, par exemple). « Contrairement à la carte privative (carte Cofinoga, par exemple) qui limite les points de fidélité aux achats dans les points de vente de la marque (BHV, Galeries Lafayette, etc.), la carte comarquée prend en compte toutes les dépenses effectuées ailleurs. Le compteur des points tourne donc plus vite », précise Alain Deslorieux, en charge du co-branding pour le marché français au sein de MasterCard Europe. En outre, souvent, le titulaire a accès à des avantages et des services préférentiels (journées d'ouverture réservées aux porteurs de la carte, ristournes immédiates en caisse, coupe-file, parking gratuit et remises sur les livraisons...), ou à des réductions déjà négociées auprès de marques partenaires. D'autres programmes de fidélité (Auchan, MACSF...) ont opté pour la technique dite du « cash-back ». Au lieu de comptabiliser des points, la marque reverse systématiquement un petit pourcentage de vos dépenses (0,10 % de votre achat avec la carte Auchan, par exemple) sur un compte spécial. Au bout d'un an, cette épargne est disponible et vous pouvez la dépenser chez Auchan, bien entendu

Il est parfois difficile de s'y retrouver dans le maquis de ces avantages, offres préférentielles ou privilèges (voir p. 35). Certains sont redondants avec ceux liés aux cartes privatives (parking gratuit, par exemple) ou avec ceux offerts par les cartes bancaires classiques (assurance, assistance, par exemple). D'autres peuvent paraître dérisoires (une ristourne de 0,10 % vous donnera droit à un chèque-cadeau de 10 € pour 10 000 € d'achats

). À vous d'apprécier si tel ou tel programme de fidélité vous apporte une réelle satisfaction.

Des cotisations annuelles modérées.

Le principal atout de ces cartes, c'est leur cotisation annuelle. Les prix vont de 15 € (carte Renault) à 45 € (carte MACSF), soit environ la moitié du prix des cartes bancaires internationales distribuées par les banques. De plus, pour les nouveaux porteurs, la cotisation est presque toujours offerte les 3 ou 6 premiers mois (Galeries Lafayette, MACSF, Nouvelles Frontières, par exemple), voire l'année entière (Auchan, Renault, par exemple). Ce n'est qu'au renouvellement que le tarif normal est facturé. « Les euros ou les points accumulés dans le programme de fidélité peuvent compenser cette cotisation », fait valoir Bruno Bernaudin, responsable des cartes chez RCI Banque. Autre avantage : si vous n'avez pas de carte bancaire à débit différé, elles permettent de régler un achat comptant en profitant d'un délai de paiement. Si vous savez jongler habilement avec les dates d'achat et de débit, le différé de paiement peut atteindre 4 semaines.

Attention au dessous des cartes.

Mais ces cartes n'ont pas que de bons côtés. D'abord, pour les distributeurs ou les prestataires de services qui les émettent, elles constituent de précieux outils de marketing. Elles ont trois fonctions : vous faire dépenser plus, vous fidéliser et mieux vous connaître. « Au fil des achats avec sa carte, la marque va se bâtir un fichier clients représentant une mine d'informations sur leur mode de consommation, leurs goûts... Par la suite, elle pourra davantage cibler leurs besoins et leur proposer des offres commerciales précises », avertit Frédérique Pfrunder, chargée de mission à l'association de consommateurs Consommation Logement et Cadre de Vie (CLCV).

Ensuite, attention au crédit offert par ces cartes. En effet, la mobilisation de la réserve d'argent disponible est très facile, un peu trop diront certains consommateurs piégés. En effet, même pour les ménages financièrement fragiles, seule une déclaration de revenus sur l'honneur signée par le demandeur suffit. Mais surtout, le détenteur de la carte doit faire très attention au moment de choisir entre l'option paiement comptant et l'option paiement à crédit. Avec certaines cartes (Nouvelles Frontières, par exemple), l'acheteur doit activer la fonction souhaitée le jour-même de l'achat. À lui d'être vigilant au moment du passage en caisse (c'est en payant que vous êtes amené à sélectionner le paiement au comptant ou à crédit). D'autres cartes (Galeries Lafayette, par exemple) vous laissent le choix entre paiement comptant et crédit soit en caisse soit en fin de mois, à réception du relevé des dépenses. Attention, le laps de temps imparti pour faire connaître votre choix (par SMS ou par mail) va de 4 à 12 jours. Par conséquent, si vous êtes en vacances et si vous ne faites pas suivre votre courrier, vous risquez d'y laisser quelques euros d'agios... et pas mal de mauvaise humeur. Car ce crédit, de type revolving, est le plus cher qui soit. Les taux d'intérêt vont de 10 à 20 % l'an, selon le montant emprunté. Plus le montant du crédit est faible et plus le taux est élevé. Pour des montants d'achat « moyens » de quelques centaines d'euros, les taux pratiqués se situeront entre 15 et 18 %, soit un niveau environ deux fois plus élevé que celui d'un découvert bancaire ou d'un prêt personnel.

Les retraits sont souvent taxés.

Dernier inconvénient, et non des moindres, certaines cartes (celles de Renault ou de Nouvelles Frontières, par exemple) facturent les retraits en espèces à tous les distributeurs automatiques de billets (DAB). Le tarif est, en général, de 1 € pour tout retrait de moins de 100 €. D'autres facturent 1 € par retrait effectué en dehors du réseau de la banque partenaire (banque Accord pour la carte Auchan, par exemple). Cette ponction n'est pas neutre pour des retraits répétés sur une année d'utilisation. À ce prix-là, la facturation des retraits « déplacés » par certains réseaux bancaires (1 € après le quatrième ou le cinquième retrait réalisé en dehors des DAB du réseau « maison ») paraît peu élevée par rapport à ces retenues systématiques.

Avant d'accepter une offre de carte comarquée, il convient donc de comparer soigneusement la somme des avantages possibles (cotisation réduite, ristournes et autres réductions) au coût de fonctionnement prévisible de la carte en fonction de votre mode d'utilisation (montants et fréquence des retraits, notamment). Enfin, refusez d'y souscrire si le mécanisme de choix entre paiement au comptant et paiement à crédit vous paraît trop compliqué à mettre en œuvre, et donc trop risqué. laurence boccara


Mots-clés :

CARTE BANCAIRE , CARTE DE CREDIT , CARTE DE PAIEMENT , CARTE DE RETRAIT , CARTE PRIVATIVE , GRANDE SURFACE , VOYAGISTE




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