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Commerce spécialisé, un bilan mitigé (Interview)

Avril 2009
Le Particulier Immo n° 252, article complet.
Auteur : AUFFRET (Fabien)

À l'heure où la croissance s'enraye, le commerce spécialisé souffre, du moins sur certains segments. Cela risque d'avoir un impact sur les propriétaires de boutiques : phénomènes de vacance, loyers impayés... Certaines activités tirent pourtant leur épingle du jeu. Un potentiel que les investisseurs ont tout intérêt à creuser, en ayant conscience que le marché change.

AUDE LE VAILLANT : chargée de mission et de la communication chez Procos(1) ; Cinq ans à la chambre de commerce de Paris ; 2001, arrivée chez Procos en tant que chargée d'études, puis chargée de mission et de la communication

Quel bilan tirez-vous de l'année 2008 ?

ALV : Ce fut plutôt mitigé pour le commerce spécialisé. Faisant suite à plusieurs années très dynamiques en termes d'activité et ­de rythme d'ouvertures de nouveaux points de vente, l'exercice 2008 marque une rupture : après un mois de mai excellent, au cours duquel l'activité a augmenté de 7,7 %, la seconde partie de l'année a été très compliquée. Depuis 1993, nous n'avions jamais connu de réduction mensuelle de l'activité.

Aviez-vous anticipé ce retournement de l'activité ?

ALV : Pas réellement. Et nos adhérents non plus. Cela étant, nous n'étions pas les seuls. Même le gouvernement n'avait pas prévu cette situation. En témoigne l'écart entre ses prévisions initiales de croissance, ­comprises entre 2 % et 2,25 % et celle finalement observée. Quant à l'expliquer... Certes, le pouvoir d'achat s'est en partie érodé, mais, à force de s'entendre dire qu'ils allaient moins bien gagner leur vie, les Français ont réellement et drastiquement réduit leurs dépenses. Après avoir joué les cigales ­pendant plusieurs années, ils se sont brutalement parés des habits de fourmis.

Quels sont les secteurs qui ont le plus souffert de ce ralentissement de l'activité ?

ALV : Le textile. Sans aucun doute. Pour ­déstocker, les enseignes ont dû faire des rabais allant jusqu'à 70 % du prix de vente initial. On avait très rarement vu ça.

Le secteur des loisirs et en particulier celui de la distribution de produits culturels comme les CD et les DVD a également souffert. Dans le sillage du retournement du marché immobilier, le secteur des équipements en biens du logement a également subi un réel coup de frein.

Certains secteurs ont-ils tiré leur épingle du jeu ?

ALV : Après la décoration, c'est au tour de celui de l'art culinaire de ­connaître les faveurs des consommateurs. C'est un ­nouveau phénomène de mode. Il est ­intéressant de noter que ce sont surtout les enseignes de moyen et de haut de gamme qui profitent de cet engouement. Les Français consomment moins, mais ils consomment des produits de qualité. Ils privilégient les valeurs sûres, plutôt que les produits bas de gamme. Compte tenu de la crise du pouvoir d'achat, les dépenses compulsives sont de plus en plus rares. Les Français réfléchissent à deux fois avant d'ouvrir leur porte-monnaie. L'image de marque d'une enseigne est redevenue un critère important dans l'acte d'achat.

Internet fait-il de l'ombre aux enseignes ?

ALV : Pas réellement. Une chose est sûre, cela évolue. Internet, qui était un outil ­complémentaire à la vente directe en magasin, prend une place de plus en plus importante. Toutefois, dans certains secteurs comme l'électronique grand public, la concurrence se fait de plus en plus rude.

La baisse de l'activité fin 2008 s'est-elle traduite par moins de points de ventes ?

ALV : Non. Le nombre d'ouvertures nettes, dont ont été retranchées les fermetures de points de vente, est resté stable par rapport aux années précédentes. On a recensé environ 1 200 ouvertures nettes d'enseignes dans l'Hexagone l'année dernière.

Est-ce rassurant, selon vous ?

ALV : Oui. Mais il faut signaler une chose : si le nombre d'ouvertures nettes est resté stable, les restructurations, les modernisations de magasins se font de plus en plus fréquentes, notamment de la part des grandes enseignes. Nous notons également que celles-ci sont bien moins patientes qu'auparavant. Lorsqu'un point de vente n'est plus rentable, il est très ­rapidement fermé. Les prises de décision n'étaient pas aussi rapides jusqu'à présent.

La crise actuelle s'est-elle traduite par un abandon des projets commerciaux ?

ALV : Absolument pas. En revanche, les enseignes commencent à douter de la pertinence du modèle économique des « Retail park », qui sont des centres commerciaux de taille moyenne. Ce type de zones d'activités ne réunit pas toujours tous les fondamentaux pour assurer le succès d'une zone de chalandise, comme la présence d'une locomotive alimentaire, une concurrence faible, une desserte parfaite.

Les centres commerciaux marchent-ils mieux en centre-ville qu'en périphérie ?

ALV : Il n'y a pas de lien de corrélation. En revanche, l'expérience montre que les projets de centre-ville sont assurés de bien marcher un jour, même si leur démarrage est parfois difficile. Ce n'est pas le cas de ceux situés dans les agglomérations éloignées des centres-villes.

Comment se présente l'exercice 2009 pour les enseignes adhérentes de Procos ?

ALV : Nous sommes dans le flou le plus total. Comme la plupart des économistes, et le gouvernement d'ailleurs. Nous aurons quelques informations sur la tendance de l'année à partir des mois de mars et avril.

(1) Procos est la première fédération du commerce spécialisé en France et en Europe. Ses enseignes adhérentes représentent 35 % du chiffre d'affaires du commerce de détail français, hors commerce alimentaire de grandes surfaces.

Propos recueillis par Fabien Auffret

 


Mots-clés :

BAIL COMMERCIAL , COMMERCE , MARCHE IMMOBILIER , MARCHE LOCATIF




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