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Assurance vie : les contrats les plus vendus sont-ils les meilleurs ?

Assurance vie : les contrats les plus vendus sont-ils les meilleurs ?
Mars 2004
Le Particulier n° 975, article complet.
Auteur : POZNANSKI (Roselyne)

Une dizaine de contrats recueillent la majorité des suffrages des épargnants. Mais leur succès n'est-il dû qu'à leurs qualités propres ? L'évaluation détaillée de ces produits réserve parfois bien des surprises. Enquête.

Sachez retenir les vrais critères : performance, frais, souplesse... Le succès de l'assurance vie n'est plus à démontrer : en 2003, ce produit d'épargne de long terme a drainé près des deux tiers de l'épargne des ménages. Deux types de contrats se partagent le marché : les monosupports (appelés contrats en euros) avec lesquels le capital est garanti et les intérêts définitivement acquis année après année, et les multisupports (ou contrats en unités de compte), qui comportent généralement un fonds sécurisé en euros et d'autres supports financiers à base de produits boursiers... avec les perspectives de plus-values et les risques de baisse que cela comporte

Les contrats se comptent par centaines, distribués par les assureurs traditionnels (AGF, Axa, Generali...), les bancassureurs (Crédit agricole, Crédit mutuel, BNP Paribas...), les mutuelles (Mutavie, Parnasse-MAIF...) et les associations d'assurés (Afer, Agipi, Gaipare...). Pour se distinguer les uns des autres et attirer les épargnants, des campagnes de promotion sont régulièrement organisées, notamment par les grands réseaux. Parmi les arguments les plus efficaces : l'attribution d'un rendement minimal garanti pour l'année (pour rassurer), la diminution ponctuelle des frais sur versements (pour donner l'impression d'une bonne affaire), la garantie d'un rendement sur les versements effectués pendant une certaine période (pour allécher)... Et ça marche ! Un peu plus de 2 ans après son lancement, le contrat multisupport Nuances 3D (Caisse d'épargne) a rejoint le club des assurances vie les plus vendues (dépassant les 500 000 souscripteurs), qui comprend les multisupports GMO (La Poste) et Figures libres (Axa), les monosupports Confluence et Prédige (Crédit agricole), le Livret assurance retraite (Crédit mutuel), Actiplus 2 (Macif) et Initiatives transmission (Caisse d'épargne).

Mais sur quoi reposent ces succès commerciaux ? Sur des arguments commerciaux astucieux ou sur des qualités réelles de performance, de souplesse et d'accessibilité au plus grand nombre ? Nous avons mené l'enquête...

Performance des fonds en euros : à évaluer uniquement sur la durée.

Comme on le constate dans notre tableau pp. 24 et 25, la différence de rendement entre les contrats les meilleurs et les contrats les plus vendus peut dépasser un point : 5,05 % net de frais de gestion pour le contrat Épargne retraite 2 de l'Asac Fapès en 2003, contre 4 % pour Actiplus 2 de la Macif, par exemple. Pourquoi de tels écarts ? L'antériorité du contrat, d'abord : certains produits monosupports commercialisés depuis plus de 10 ans ont encore en portefeuille des obligations émises à l'époque et rapportant jusqu'à 10 %. Ensuite, la part des actions – qui atteint 20 % pour certains contrats – peut aussi jouer un rôle en période de baisse boursière. Enfin, l'importance des frais grevant le contrat fait aussi varier les rendements. Mais ces éléments n'expliquent pas tout. En effet, une partie de la rémunération des contrats dépend aussi des choix du gestionnaire. Les contrats proposés par les bancassureurs, par exemple, ne sont pas gérés séparément, mais réunis au sein d'un fonds, dit général. Ce qui leur permet de différencier la rémunération de chacun, notamment par le jeu de la participation aux bénéfices. Ainsi, à la Caisse d'épargne et à La Poste, réseaux grand public par excellence, le petit nombre d'épargnants privilégiés ayant investi dès le départ au moins 75 000 € sur Initiatives Plus ou Ascendo ont vu leur épargne progresser de 4,70 % net en 2003. Dans le même temps, les deux millions de souscripteurs à Initiatives Transmission ou GMO ont dû se contenter de 4,10 %

Autrement dit, les contrats à ticket d'entrée élevé sont mieux rémunérés que les contrats accessibles au plus grand nombre.

L'attribution d'un rendement supérieur peut également servir d'argument commercial pour dynamiser les ventes d'un contrat, une année donnée. Multéo, multisupport de la GMF par exemple, ne compte actuellement que 32 000 souscripteurs. Pour que ce produit se vende mieux en 2004, une rémunération nette de 4,75 % pour 2003 a été attribuée à son fonds en euros, contre 4,25 % pour le Compte libre croissance, monosupport de la compagnie, très largement souscrit. En conclusion : pour apprécier la qualité d'un contrat, rien ne vaut une comparaison sur la durée (5 ou 10 ans), établie à partir d'une même somme investie sur le fonds en euros, tous frais déduits.

Frais sur versements : un impact de plus en plus important.

Ce sont les frais les plus visibles. Ils sont en moyenne de l'ordre de 3 % à 4 % pour les contrats monosupports et de 3 % à 5 % pour les multisupports. L'importance de ces frais ayant un impact direct sur la rentabilité des contrats, leur montant constitue un critère de choix déterminant. Surtout depuis que les taux de rendement des supports en euros ont diminué (en 5 ans, les rendements nets moyens sont passés de 6,50 % à 4,50 %). Un maximum de 3 % nous semble donc une limite à ne pas dépasser. Or, on constate que, là aussi, les contrats les plus vendus sont parfois les plus pénalisants : 5 % de frais sur versements pour le contrat en euros Prédige (Prédica) et pour les multisupports Nuances 3D (Écureuil vie) et Figures libres (Axa). Cela signifie que verser 10 000 € sur le contrat Prédige se traduit par un montant effectivement investi de 9 500 €, compte tenu des 5 % de frais à l'entrée. Avec le contrat Épargne retraite 2 (Asac Fapès), le plus compétitif de notre sélection sur ce point avec 2 % de frais, pour 10 000 € versés, l'investissement net est de 9 800 €. Cette différence de 300 € devient 383 € en 5 ans, sur la base d'un taux de rendement annuel constant de 5 % net.

Frais de gestion : une ponction récurrente, donc pénalisante.

Bien que les épargnants n'y prêtent guère attention, les frais de gestion sont parfois plus pénalisants que les frais de versements car ils sont prélevés chaque année sur la totalité de l'épargne en compte. Les meilleurs contrats en euros n'affichent pas plus de 0,50 % de frais de gestion alors que les contrats les plus vendus vont jusqu'à 0,75 % par an, comme Initiatives transmission (Caisses d'épargne). Quant aux contrats multisupports, les écarts sont encore plus grands : 0,475 % pour le Compte Afer ou 0,45 % pour le contrat Libre cap (Parnasse-MAIF), ce dernier ayant une diffusion relativement confidentielle ; mais jusqu'à 0,96 % pour les contrats phares de BNP-Paribas et de la Société générale. Pour apprécier le caractère pénalisant des frais de gestion, on peut prendre le cas de deux contrats en euros de Mutavie, Actiplus 1 et Actiplus 2. Le premier est un contrat sans frais de gestion mais avec 3,5 % de frais sur versements. Le second ne comporte aucuns frais de versements mais prélève 0,75 % de frais de gestion. Bien que reposant sur le même actif financier et bénéficiant donc des mêmes rendements, un placement de 10 000 € effectué le 1er janvier 1994 a rapporté en 10 ans 1 236 € de plus avec Actiplus qu'avec Actiplus 2. Simplement parce que, chaque année, le rendement d'Actiplus 1 est, par définition, supérieur de 0,75 point à celui d'Actiplus 2. Pourtant, ce dernier est 6 fois plus vendu que le premier

Et si la diffusion de ces deux contrats est inversement proportionnelle à leur rentabilité, c'est parce que "l'absence de frais sur versements est un argument commercial qui porte", reconnaît Gisèle Cuniot, directrice technique marketing et communication de Mutavie.

Frais d'arbitrage entre supports : un manque évident de souplesse.

Les frais d'arbitrage sont prélevés lorsqu'un souscripteur décide, en fonction de ses objectifs patrimoniaux ou de l'orientation des marchés financiers, de réorienter tout ou partie de son épargne vers un support mieux adapté à sa stratégie. Ces frais ne concernent donc que les contrats multisupports. Bien entendu, les arbitrages effectués par le gestionnaire lui-même dans le cadre de convention de gestion profilée ou évolutive sont généralement gratuits. Un taux de 0,50 % de l'épargne ainsi transférée semble être un niveau acceptable, que seul propose un contrat de diffusion moyenne (Libre Cap) et seulement deux contrats de grande diffusion (GMO et Séquoia) dans notre échantillon. Mais au-delà du pourcentage affiché, deux éléments nous semblent aussi très importants pour apprécier l'intérêt d'un contrat. Le premier est l'absence de montant minimal qui pénalise les transferts de faible montant. Avec Lionvie Rouge Corinthe, par exemple, il faut arbitrer au moins 5 700 € pour atteindre réellement les 0,7 % de frais annoncés. Sinon, leur niveau grimpe de façon prohibitive : 2 %, par exemple, pour un transfert portant sur 2 000 €. Le second critère est la possibilité donnée par l'assureur d'effectuer gratuitement un arbitrage une fois par an. Cette fréquence nous paraît bien adaptée à une bonne gestion de portefeuille, dans la mesure où rares sont les souscripteurs qui gèrent leur contrat de façon spéculative, à la manière d'un compte-titres. De même, la limitation du nombre annuel d'arbitrages avec certains contrats (4 par an maximum pour Libre Cap, par exemple) ne nous semble pas être un handicap.

L'inutile multiplication des supports.

Un des avantages des contrats multisupports est de permettre une dynamisation de l'épargne via différents produits financiers : Sicav ou fonds commun de placement spécialisés en actions ou en obligations, sur un secteur d'activité ou une zone géographique donnée... Cependant, le nombre de ces supports ne doit être ni trop important ni trop faible. Au-delà d'une dizaine, en effet, le nombre de supports proposés n'est pas un gage de qualité du contrat, sauf pour les rares épargnants rompus à la pratique boursière et qui préfèrent miser, dans le cadre fiscal de l'assurance vie, sur certains fonds très spécialisés. À l'inverse, les contrats comme le Compte Afer, Actifonds ou Libre Cap, qui n'affichent qu'un ou deux supports d'investissement au-delà du fonds en euros, ne nous semblent pas non plus particulièrement intéressants. En revanche, il nous paraît important que le contrat puisse proposer une gestion évolutive (ou "à horizons") et/ou des fonds dits profilés. La gestion évolutive consiste à faire évoluer les supports sur lesquels l'épargne est investie en fonction de la durée du placement et de l'objectif final de l'épargnant (disposer d'un capital au moment de sa retraite, par exemple). La répartition de l'épargne évolue automatiquement, passant, au fil du temps, de très investie en actions à investie en obligations voire en produits monétaires. Quant à la gestion profilée, elle est conçue pour s'adapter au profil de risque que l'épargnant souhaite prendre : les fonds dits dynamiques, (ou audacieux, offensifs...) correspondent à une volonté de jouer largement les actions ; les fonds dits équilibrés tempèrent les risques du marché par des produits obligataires ou monétaires ; et les fonds dits prudents ou défensifs sont, en principe, peu sensibles aux soubresauts boursiers. "La gestion évolutive et la gestion profilée sont plébiscitées par 80 % de nos clients", souligne Philippe Bernardi, directeur technique assurance vie chez Axa. Attention tout de même car les appellations des fonds profilés ne sont soumises à aucune réglementation. Deux fonds dits dynamiques, par exemple, peuvent avoir des performances très différentes. Kaléïs Dynamisme (GMO) et Lion Dynamique (Lionvie Rouge Corinthe), ont enregistré, en 2003, des rendements respectifs de + 10,15 % et de + 13,06 %. Ce résultat est dû à la pondération en actions très différentes de ces deux fonds : 65 % pour GMO et 88 % pour Lionvie Rouge Corinthe au 31 décembre 2003. Le fonds du Crédit lyonnais a pu ainsi profiter, l'an passé, de la hausse des marchés. Mais si l'on tient compte des 3 années précédentes, la déprime boursière a pénalisé le fonds du Crédit lyonnais : sur 5 ans, il affiche en effet une contre-performance de – 7,83 %, contre - 4,83 % pour le fonds de La Poste. Pour que le profil annoncé ne soit pas source de déconvenues, il est donc important de vérifier sa composition.

Par ailleurs, pour faire un placement sûr mais rémunérateur, mieux vaut loger son épargne dans un bon contrat en euros plutôt que dans le fonds prudent d'un multisupport. Par exemple, en 5 ans, le fonds en euros totalement sécurisé de Natio Vie multiplacements 2 a augmenté de 25,69 %, alors que Stratégis prudent, fonds profilé, n'a progressé que de 3,09 %.

Une gestion souple à l'entrée et à la sortie.

Un bon contrat d'assurance vie, quelle que soit sa catégorie, doit être facilement accessible : le versement initial exigé ne doit pas dépasser 1 500 €. Ce qui n'est pas le cas des contrats Xaélidia (3 000 € minimum), Séquoia (7 600 €) ou Lionvie Rouge Corinthe (15 000 €), par exemple. Ensuite, les versements ultérieurs doivent pouvoir être libres, sans minimum dissuasif (1 500 € pour Séquoia ou Xaelidia, par exemple). De plus, ce contrat doit autoriser des rachats partiels et des avances sans pénalités. À noter que les trois plus gros contrats en euros du marché (Confluence, Prédige et Initiatives Transmission) n'autorisent pas les avances, ce qui est pénalisant. Enfin, un bon contrat multisupport doit garantir que les bénéficiaires désignés en cas de décès du souscripteur récupèrent au moins les sommes investies, si à ce moment son épargne vaut moins (les contrats GMO et Libre Cap ne comportent aucune garantie de ce genre), de préférence sans surcoût supplémentaire pour le souscripteur.

Des techniques de vente issues de la grande distribution.

En regard des exigences exprimées ci-dessus, il apparaît que les contrats les plus vendus ne sont pas forcément les meilleurs. La raison en est que leur popularité tient moins à leurs qualités qu'à la façon dont leur promotion est faite dans leurs très nombreux points de vente (agences du Crédit agricole, Caisses d'épargne, bureaux de La Poste...). En effet, l'assurance vie est devenue un produit de masse, vendu comme tel, avec les mêmes techniques de marketing que celles utilisées dans la grande distribution. Éric Le Baron, directeur de la distribution chez Swiss Life, le souligne avec une certaine ironie : "Quand on vous fait cadeau des frais sur versements, par exemple, vous pensez bien que le réseau de distribution ne cesse pas d'être rémunéré pour autant

". Autrement dit, les assurés paient, sous d'autres formes et sans le savoir, les promotions et autres astuces de marketing utilisées pour vendre les contrats.

Tous les poids lourds du marché ne se valent pas.

Faut-il pour autant se détourner des produits grand public et préférer les contrats à diffusion restreinte ? Tout dépend du besoin de chacun. S'il s'agit de faire fructifier en lieu sûr un capital que l'on utilisera prochainement ou que l'on souhaite transmettre, mieux vaut élire un contrat en euros qui a fait ses preuves, comme Épargne retraite 2, Compte libre croissance, Groupama épargne ou le support en euros du Compte Afer. Pour ceux pouvant y accéder, les contrats RES et Batiretraite 2 sont aussi conseillés. En revanche, pour profiter d'une éventuelle reprise des marchés financiers, mieux vaut opter pour un contrat multisupport. Le choix est large, car les contrats qui nous semblent actuellement intéressants se comptent tant parmi les poids lourds du marché que parmi ceux de diffusion plus modeste. Pour les premiers, bien que la performance de leur fonds en euros soit décevante face à celle affichée par les meilleurs monosupports, nous avons sélectionné les contrats Séquoia (malgré un ticket d'entrée élevé) et Plan Assur, pour la modicité de leurs frais sur versements et de leurs frais d'arbitrage. Pour les seconds, nous avons retenu les contrats Xaélidia (malgré un ticket d'entrée élevé) et Groupama Modulation (malgré des frais d'arbitrage de 1 %), car ils offrent un arbitrage gratuit par an.

Enfin, il est préférable de souscrire plusieurs contrats d'assurance vie car un seul ne peut réunir toutes les caractéristiques faisant de lui un "très" bon contrat. À la différence des PEL, PEA..., le nombre de contrats d'assurance vie qu'une personne peut souscrire n'est pas limité. Et, pour ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, mieux vaut choisir des contrats de compagnies distinctes. Notamment, il peut être intéressant de souscrire un monosupport ainsi que plusieurs multisupports pour tirer profit au maximum des meilleures performances de chacun d'entre eux.

Roselyne Poznanski


Mots-clés :

ASSURANCE VIE




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