Toute l’information juridique et patrimoniale
pour prendre les bonnes décisions
Accueil > Argent > Assurance vie > Placements : comment concilier rendement et sécurité

Placements : comment concilier rendement et sécurité

Placements : comment concilier rendement et sécurité
Mai 2008
Le Particulier n° 1025, article complet.
Auteur : LEROUX (Eric)

Lorsque les marchés financiers sont fortement chahutés, préserver son épargne n'est pas une mince affaire. Voici les placements à privilégier pour s'assurer une rentabilité correcte en dormant relativement tranquille... et ceux dont il faut se méfier.

La crise financière qui s'abat sur la planète depuis l'été dernier, déclenchée par la défaillance d'emprunteurs américains insolvables, n'en finit pas de faire des vagues. Deux risques pèsent sur les épargnants. D'abord, les pertes, qui sont encore susceptibles de frapper les grands établissements bancaires, peuvent menacer la viabilité de certains d'entre eux. Ensuite, de fortes baisses risquent de sévir sur les marchés boursiers et sur certains produits financiers. Dans ces conditions, il est normal de jouer la carte de la sécurité et, au minimum, de chercher à préserver la valeur de son capital. D'autant plus que l'inflation repart : selon l'Insee, en février dernier, son taux atteignait 2,8 % sur les 12 derniers mois. Tous les placements qui rapportent moins, net de frais et d'impôt, font donc perdre de l'argent

Aussi peut-on se demander s'il est possible de concilier rendement et sécurité dans le contexte actuel. Certes, malgré la tourmente, quelques placements vous permettront d'envisager des rendements corrects sans prendre trop de risques. À condition de disposer d'un horizon d'épargne à moyen et long terme, c'est-à-dire d'au moins 5 ans.

L'assurance vie en euros, le meilleur compromis.

Dans cette optique, l'assurance vie placée sur un fonds en euros reste une bonne solution. Avec cette formule, l'assureur vous garantit en permanence un remboursement de capital au moins équivalent à la somme investie et aux intérêts crédités chaque année. Les gains accumulés ne peuvent donc jamais être remis en cause. En outre, vous déléguez la gestion de cette épargne à un professionnel qui se charge de la placer de manière diversifiée sur les marchés, en privilégiant bien sûr la sécurité, au travers des obligations émises par les États et les grandes entreprises. Avec une progression moyenne de 4,3 % l'an dernier (avant prélèvements sociaux de 11 % et impôts), ces fonds en euros offrent donc un bon compromis. Bien entendu, il convient de privilégier les plus performants d'entre eux, c'est-à-dire ceux qui ont rapporté plus de 4,5 % en 2007. Évitez les fonds en euros des contrats d'assurance vie gérés par les banques, leurs performances sont souvent inférieures à celles du marché. Certains sont même tombés sous la barre des 4 % en 2007, soit à peine mieux qu'un Livret A après prélèvements sociaux. Cependant, il ne faut pas fonder trop d'espoirs sur la rentabilité future de ces fonds car les taux actuels ne sont pas près de remonter. En effet, les assureurs ont accumulé, depuis plusieurs années, des titres à faible rentabilité en raison du bas niveau des taux d'intérêt obligataires. Ce qui devrait peser durablement sur leurs performances. De plus, la crise des marchés financiers, si elle se poursuit, pourrait entraîner une diminution des rendements, car elle prive les gestionnaires de gains boursiers et pourrait les obliger à constituer des réserves qui viendraient réduire la rémunération servie aux assurés. En conclusion, placez sur un fonds en euros des sommes que vous envisagez d'investir à moyen ou long terme, mais pas celles dont vous pouvez avoir besoin à n'importe quel moment. D'ailleurs, il est préférable d'attendre que votre contrat ait au moins 8 ans pour y effectuer des retraits, car c'est seulement à compter de cette durée que la fiscalité devient favorable.

Les OPCVM d'obligations, à utiliser avec parcimonie.

Les obligations que les assureurs achètent pour leurs fonds en euros peuvent aussi être acquises par un particulier, soit en direct, soit via les organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM), c'est-à-dire les Sicav et Fonds communs de placement. Aujourd'hui, l'achat en direct n'est pas une bonne solution, car seuls les emprunts d'État sont réellement accessibles aux particuliers, avec des rendements faibles (environ 4 %) et une fiscalité très sévère (voir le n° 1003 du Particulier, p. 20). Les Sicav obligataires, elles, sont vendues par tous les établissements financiers. Bien entendu, la valeur de ces Sicav reflète en permanence celle des obligations qu'elles détiennent. Lorsque les taux d'intérêt montent, les obligations déjà émises voient leur valeur baisser en Bourse puisque leur taux, plus bas par définition, les rend moins attractives. À l'inverse, lorsque les taux baissent, leur rendement diminue mais leur valeur augmente. Certes, toutes les catégories de Sicav ne sont pas touchées de la même manière. Celles qui se sont spécialisées dans les obligations à court ou moyen terme sont moins sensibles que les autres aux variations des taux et procurent un rendement plus régulier, avec une bonne sécurité à moyen terme. Depuis plusieurs mois, les taux d'intérêt à court et moyen terme (concernant les placements de quelques mois à 5 ans) sont supérieurs aux taux à long terme (ceux des placements supérieurs à 5 ans). Des baisses sont possibles, mais elles sont, en général, passagères et ne durent pas plus de ­quelques mois.

Néanmoins, actuellement, les résultats des Sicav obligataires sont globalement décevants. Selon l'analyste Europerformance, la valeur moyenne des fonds de cette catégorie n'a progressé que de 2,3 % sur un an (à la mi-mars). Ce qui ne représente même pas le taux de l'inflation. Pour se protéger, on peut toujours investir dans les OPCVM "indexés à l'inflation" : lorsque les prix montent, leur valeur s'apprécie d'autant. Ils ont progressé de 5,65 % sur un an en moyenne. Mais attention, lorsque les prix s'assagissent, la valeur de ces fonds "sensibles" peut diminuer plus ­fortement que celle des OPCVM d'obligations à court ou moyen terme.

Les fonds "à formule", pour une sécurité minimale.

Largement commercialisés par les banques et les assureurs, ces fonds garantissent un gain déterminé à l'avance si un indice boursier ou un panier d'actions évolue de façon positive. Concrètement, si la valeur du CAC 40 ou de certaines actions progresse d'un montant prédéfini sur une période donnée, vous recevez le gain fixé par contrat. Sinon, le capital investi est remboursé à l'échéance du contrat (sauf les frais d'entrée). Par exemple, le fonds à formule Volluto, lancé récemment par BNP Paribas, est adossé à 25 actions qui peuvent rapporter 16,5 % chacune, à condition que leur cours stagne ou progresse pendant 1 ou 2 ans. Si aucun titre ne baisse durant ce laps de temps, le gain maximal peut atteindre 16,5 % sur 2 ans (soit 7,94 % par an). Si 10 actions baissent (soit 40 % du panier d'actions), le gain ne sera que de 40 % de 16,5 %, soit 6,6 % sur 2 ans. En revanche, si tous les cours des titres baissent, BNP Paribas remboursera, au terme du contrat, le montant du capital investi (mais diminué des éventuels frais d'entrée). Autrement dit, au mieux vous gagnez 7,94 % par an, au pire vous retrouvez votre mise mais diminuée, le cas échéant, des frais d'entrée et, à coup sûr, de l'inflation.

Les fonds à formule ont été longtemps décriés en raison de leur complexité et du faible potentiel de gain (voir le n° 1018 du Particulier). Même si aujourd'hui le pire a disparu, ces produits restent compliqués et aléatoires. D'abord, ils comportent toujours un grave inconvénient : la garantie de capital n'est accordée qu'à l'échéance du fonds. Si vous avez besoin de votre argent avant, vous pourrez le récupérer, mais à la valeur du marché. Si la Bourse a baissé, vous perdrez une partie de votre mise. C'est la raison pour laquelle il vaut mieux privilégier des fonds ayant une durée assez courte, de 2 à 4 ans au plus, et seulement si vous avez la certitude de ne pas avoir besoin de votre épargne. Il est également indispensable de maîtriser le mécanisme du fonds qui est proposé. Il faut, bien sûr, lire le prospectus d'information afin de connaître le potentiel de gain dans diverses configurations d'évolution des marchés. Si vous ne comprenez pas le fonctionnement du fonds ou la nature de ses promesses, abstenez-vous. Il vaut mieux aussi éviter d'investir dans ces fonds dans le cadre d'un contrat d'assurance vie. Chaque année, l'assureur prélève jusqu'à 1 % de frais de gestion sur l'ensemble des capitaux recueillis. Si le fonds ne progresse pas, vous allez perdre une partie de votre investissement. Ce qui n'est pas le cas dans le cadre d'un Plan d'épargne en actions (PEA). Enfin, attention, seuls les fonds portant la mention "garanti" s'engagent à vous verser, en fin de contrat, l'équivalent des sommes investies. Si le fonds est simplement "protégé", vous n'êtes pas à l'abri d'une perte.

La gestion alternative vise la performance absolue.

Encore méconnue du grand public, la gestion "alternative" fait, depuis plusieurs dizaines d'années, le bonheur des détenteurs de grandes fortunes. En théorie, elle permet de préserver un capital à moyen et long terme et d'apporter des performances déconnectées de l'évolution des marchés financiers. Cette gestion est, en effet, insensible aux évolutions de la Bourse ou des taux d'intérêt, ou plutôt elle permet de tirer parti de n'importe quelle tendance. Depuis plusieurs années, les meilleurs fonds de gestion alternative rapportent plus de 10 % par an, que les Bourses montent ou baissent. Pour parvenir à ce résultat, les gérants de ces instruments collectifs mettent en œuvre diverses stratégies qui sont, pour la plupart, très spéculatives. En effet, la gestion alternative recourt à une large palette d'instruments financiers, y compris des produits "dérivés", comme ceux qui ont entraîné de lourdes pertes à la Société générale, ainsi que des opérations à crédit, afin d'obtenir un effet de levier plus important. En clair, un fonds qui dispose de 100 est susceptible d'investir 300 ou 400 sur des marchés financiers qu'il a sélectionnés, ce qui multiplie les gains en cas d'opération réussie et creuse les pertes quand le pari est perdu. Plusieurs stratégies sont utilisées par les organismes de gestion de ces fonds spéculatifs (ou "hedge funds") pour parvenir à leurs fins. Certains sont spécialisés dans les arbitrages d'actions : ils achètent des titres appelés à s'apprécier tout en vendant à découvert (sans les avoir) des titres susceptibles de baisser. D'autres font la même chose avec les monnaies ou se concentrent sur des entreprises confrontées à des situations difficiles ou en cours de fusion. Il existe, au total, une dizaine de catégories de hedge funds. Ils sont fortement déconseillés aux investisseurs particuliers, car très risqués individuellement. Nombre de ces fonds chutent d'ailleurs régulièrement en Bourse et la crise actuelle du crédit, qui les prive de financement, gêne les plus fragiles ­d'entre eux.

Paradoxalement, le mélange de différentes stratégies de gestion et de divers hedge funds donne, malgré le caractère spéculatif de chacun, un cocktail relativement sécurisé. Plusieurs sociétés se chargent d'assembler le tout dans des "fonds de multistratégie de multigestion alternative" dont le comportement est beaucoup plus régulier. Elles acquièrent elles-mêmes les fonds qu'elles estiment les plus prometteurs, des fonds qui sont souvent inaccessibles à un particulier non fortuné. Entre mars 2007 et mars 2008, alors que la tempête s'est abattue sur les marchés financiers, les meilleurs fonds de cette catégorie ont progressé de plus de 15 % et nombre d'entre eux ont gagné de 5 à 10 % (voir p. 25). Mais dans le même temps, certains ont perdu plus de 10 %. Un comble pour des produits financiers qui sont censés ne jamais abandonner plus de quelques pour-cent et seulement pendant quelques mois... La gestion alternative n'est donc pas une formule miracle à mettre entre toutes les mains. Il importe de bien maîtriser les techniques qui sont mises en œuvre afin de ­comprendre comment le gérant investit et ­l'importance des risques qu'il prend. Surtout, il est essentiel de ne pas se tromper de gérant. Pour cela, il faut ­évidemment s'appuyer sur son expérience et l'historique de ses ­performances. Bref, les fonds de multigestion alternative concernent surtout les investisseurs avertis, qui cherchent certes à sécuriser une partie de leur patrimoine financier, mais ne ­veulent pas ­renoncer à des performances élevées. D'ailleurs, ces ­placements sont assez strictement ­réglementés. Dans le cadre d'un compte-titres, les ­investissements sont libres (avec toutefois un minimum de 10 000 €). En revanche, si vous investissez dans le cadre d'un contrat d'assurance vie, ils sont plafonnés à 30 % des versements sur le contrat. Moyennant ces contraintes, les titres de ces fonds (comme ceux que nous citons p. 25) sont accessibles par les simples particuliers auprès de leur banque.

Dynamisez votre épargne en protégeant l'essentiel.

Il existe deux autres possibilités pour diversifier votre épargne vers les marchés boursiers sans prendre de risque sur l'essentiel, notamment à travers l'assurance vie. La première consiste à réaliser vous-même votre propre fonds garanti en répartissant judicieusement vos investissements entre le fonds en euros de votre contrat d'assurance vie et des Sicav en actions (voir p. 23). L'autre consiste à investir dans le fonds en euros du contrat d'assurance vie puis, au fur et à mesure que sont crédités les intérêts, de les investir dans des supports en actions. Ainsi, vous pouvez toujours compter sur votre capital qui reste préservé dans le fonds en euros, tout en vous donnant la possibilité de profiter d'une éventuelle reprise des marchés boursiers. À un rythme de 4 % par an pour le fonds en euros, la diversification est limitée les premières années, mais elle devient très significative après 10 ans, puisque 40 % environ de votre capital aura alors été placé en actions. Dès que la part des actions aura atteint la proportion que vous avez déterminée (elle doit dépendre de la durée totale prévue de votre investissement et de votre goût du risque), vous cesserez ces arbitrages et laisserez votre fonds en euros fructifier. Comme dans la stratégie précédente, il conviendra ensuite de gérer la "poche" d'actions et de la réduire lorsque s'approchera le moment de récupérer vos capitaux. De nombreux contrats d'assurance vie proposent aujourd'hui d'automatiser cette technique d'investissement, dans des options dites de "dynamisation". Dans ce cas, vous n'avez rien à faire, c'est l'assureur qui s'en chargera. Évidemment, ces stratégies ne valent que si vous pariez sur un rebond boursier et si vous avez suffisamment de temps devant vous. Dans le cas contraire, rabattez-vous sur les formules qui ne vous réservent aucune surprise et plus particulièrement sur le fonds en euros d'une assurance vie. Voire, en attendant d'y voir plus clair, dans des placements de trésorerie (voir le n° 1022 du Particulier, p. 30), où votre épargne restera à l'abri avant d'être investie sur les marchés que vous jugerez les plus porteurs.

Éric Leroux


Mots-clés :

ASSURANCE VIE , BOURSE , FONDS A FORMULE , OPCVM , PLACEMENT BOURSIER , PLACEMENT FINANCIER , SICAV




Outils pratiques :
Formalités et démarches
 

Bannière Choix patrimoniaux

bannier la lettre des placements

Forum bannière

Réduisez vos impôts
Un professionnel vous accompagne dans vos démarches pour défiscaliser, valoriser votre patrimoine et faire les meilleurs choix de placements

Recommandé par

Votre adresse est conservée par le Particulier, pour en savoir plus / se désinscrire

Bannière Tous simulateurs 1000*104

Bannière Simulateur Assurance vie 300*250

Bannière e-Particulier