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Alcool, tabac, psychotropes : pourquoi devient-on dépendant ?

Alcool, tabac, psychotropes : pourquoi devient-on dépendant ?
Avril 2011
Le Particulier Pratique n° 367, article complet.
Auteur : DELFAU (Vincent)

Souvent, les consommations de substances psychotropes sont doublées. On parle de polyconsommation pour définir ce phénomène. 35 % des jeunes de 17 ans déclarent ainsi avoir consommé simultanément de l’alcool et du cannabis ; 10 % ont pris en même temps de l’alcool et des médicaments. Et cela sans tenir compte du tabac.

Nous connaissons tous les dangers inhérents à la consommation de tabac. Cela n’empêche pas une quinzaine de millions de Français de fumer régulièrement. Personne n’ignore les ravages de l’alcool, pourtant l’Hexagone compte 2 millions d’alcoolodépendants. Même constat pour le cannabis (5 millions de consommateurs), la cocaïne (250 000), etc. En dépit des risques évidents, le recours à ces produits, que l’on peut réunir sous l’appellation “drogues”, n’a jamais été aussi important. Toutes ces sub­stances psychoactives sont différentes, mais elles ont en commun la capacité de conduire leurs consommateurs à la dépendance, aux conséquences parfois terribles.

Une course à la récompense

La dépendance peut être définie comme la perte de la liberté de s’abstenir de consommer. Cette formule, due à Pierre Fouquet, le père de l’alcoologie, s’applique à l’ensemble des addictions, quelle que soit la substance concernée. Dans tous les cas, le sujet dépendant se trouve confronté à un besoin de consommer, même s’il a conscience des dommages qu’il peut subir. En dépit de leurs différences, les drogues répondent toutes à cette équation : elles induisent, dans des proportions variables, un risque toxique, une modification du psychisme et un risque d’addiction. Elles se placent, cependant, diversement sur chacun de ces trois axes. Ainsi, le tabac modifie peu le psychisme mais présente un effet toxique et un risque d’addiction majeurs ; l’héroïne, également très addictive, mais peu toxique, engendre une perturbation psychique importante ; la dépendance à la cocaïne apparaît moins rapidement.
Pour bien considérer le problème de la dépendance, “il est plus intéressant de l’aborder globalement que de façon différenciée. Chaque produit possède ses particularités, mais, finalement, les processus sont les mêmes”, indique le Dr Alain Morel, psychiatre et vice-président de la Fédération française d’addictologie. De fait, toutes les substances psychoactives agissent, dans le cerveau, sur les circuits neuronaux de la récompense – le noyau accumbens, le cortex préfrontal et l’aire tegmentale ventrale. Elles influent artificiellement sur la quantité de dopamine, concourant ainsi à l’apparition d’une sensation de satisfaction intense. Certaines augmentent la quantité de ce neurotransmetteur, d’autres bloquent sa recapture ou sa dégradation. Plus généralement, on peut inclure dans les comportements addictifs la dépendance aux jeux d’argent, au sexe, les achats compulsifs, la cyberaddiction, etc., qui activent, eux aussi, le système de la récompense.

Après la satisfaction, l’effet rebond

Pour agréables qu’elles soient, ces prises de substances aux effets neurologiques intenses induisent une importante dépense d’énergie psychique et des déséquilibres biologiques que l’organisme va chercher à rectifier par le processus de récupération. Schématiquement, il va produire des effets inverses à ceux de la substance ingérée pour retourner à l’état normal. Or, plus la prise de drogues est fréquente, plus ce besoin de récupération est important et désagréable, parfois jusqu’à créer une véritable souffrance. De même, plus le plaisir généré par la substance est intense, plus les effets délétères de la récupération se font ressentir, le retour à l’état normal devenant de plus en plus difficile à supporter. “Un individu dépendant tend à escamoter la récupération en éprouvant le besoin de consommer toujours davantage”, explique le Dr Morel.
Parallèlement, la consommation répétée de substances psychoactives entraîne une élévation progressive du niveau de satisfaction sur le plan cellulaire, provoquant un état de besoin croissant : il faut consommer toujours plus pour intensifier la stimulation. “La dépendance ne fond pas sur une personne. On constate souvent, pendant longtemps, un équilibre trouvé dans la consommation même des substances les plus dures”, souligne le praticien. On ne devient pas dépendant d’une drogue en la consommant une fois pour y goûter, mais en passant par plusieurs phases : usage simple, abus – usage répété exposant à des dangers et à des conséquences sociales dommageables –, puis addiction.

Le moteur de la dépendance : la recherche de plaisir ou de soulagement

Si l’on comprend les enchaînements conduisant à la dépendance, reste que nous sommes inégaux face à cette pathologie : près de la moitié des fumeurs ne deviennent pas dépendants, les consommateurs de drogues dites “dures” sont proportionnellement peu nombreux à tomber dans le piège de l’addiction. Ces différences s’expliquent, en partie, par des critères génétiques, mais elles ­tiennent surtout au contexte particulier dans lequel se trouve une personne. Les spécialistes en addictologie s’accordent à dire que la dépendance résulte d’une conjonction entre une substance, un individu et un moment socioculturel. On ne saurait appréhender les addictions à la seule aune de la drogue consommée : le vécu, l’état psychologique, l’environnement et d’innombrables autres paramètres entrent également en jeu. “Derrière une consommation de substance, il y a d’abord une recherche de plaisir, de socialisation et/ou de soulagement”, précise Alain Morel. De la cigarette allumée pour faire comme les copains au verre du soir pour souffler après le travail, des joints échangés dans les groupes d’adolescents à l’alcoolodépendant qui a besoin de boire pour calmer ses angoisses et fuir la réalité, les motivations des comportements d’usage sont variées.

Une combinaison de facteurs de risque

Parmi ceux-ci, le psychologue François Hervé retient “la précarité, les grandes difficultés sociales frappant des personnes qui ne se voient pas d’avenir. Les drogues servent à ne pas penser au lendemain.” Elles apportent un soulagement immédiat aux problèmes. Dans son ouvrage Les Addictions – Mieux les connaître, réagir et s’en libérer (éditions Dangles), il cite, entre autres éléments à risque, la facilité à se procurer le produit, l’échec scolaire ou professionnel, la recherche de sensations ou d’expérimentations, notamment chez les adolescents, l’ennui ou les situations familiales conflictuelles.
La liste n’est évidemment pas exhaustive. De plus, on pourrait y associer les traits de personnalité caractéristiques des sujets à risque : faible résistance au stress, tendance à l’autodépréciation, faible tolérance à la frustration, timidité, faible estime de soi, émotivité excessive, difficultés relationnelles, etc. Autre terreau des conduites addictives, les psychotraumatismes – accident, viol, inceste, maltraitance, etc. –, qui sont une source de stress incessant. Le recours à des produits psychoactifs est un moyen de soulager instantanément la souffrance. Une étude australienne, menée en 2005 auprès d’héroïnomanes, montre ainsi que 92 % d’entre eux ont été exposés à un événement traumatique au cours de leur existence.
Si nous ne sommes pas égaux face à la dépendance, les conduites addictives ne doivent pas, pour autant, être vues comme un problème ne touchant que les autres. Nous sommes tous susceptibles d’être exposés à ce danger. Il est donc essentiel de porter un regard objectif sur notre rapport à l’alcool, au tabac, aux médicaments, etc. Dans cette optique, “les journées sans alcool ou sans tabac présentent un intérêt certain, ajoute François Hervé. Elles permettent de prendre conscience d’une certaine réalité”.

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Vincent Delfau


Mots-clés :

ALCOOL , DEPENDANCE , TABAC , TABAGISME




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