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Les carafes filtrantes : Faut-il filtrer l'eau du robinet

Mars 2011
Le Particulier Pratique n° 366, article complet.
Auteur : DELFAU (Vincent)

Deux millions de carafes filtrantes achetées en 2009 Ces systèmes, présentés par les fabricants comme étant capables de purifier l’eau du robinet et de la débarrasser de tout mauvais goût ainsi que de certains éléments (calcaire, plomb, pesticides, suivant les modèles) sont plébiscités par le grand public.

Une baisse des ventes d’eau en bouteille depuis 2007 Il faut dire que son prix au litre peut être jusqu’à 300 fois supérieur à celui de l’eau du robinet. Si cette dernière reste très consommée, les Français lui reprochent fréquemment son goût et émettent des doutes quant à sa qualité et à sa salubrité.

Vendus entre 20 € (carafe) et 300 € (filtre couplé au mitigeur), les dispositifs de filtration d’eau sont présentés comme étant, avant tout, susceptibles d’en améliorer la qualité gustative. Leur atout premier réside dans la présence de charbon actif dans la cartouche de filtration, capable de retenir le chlore, qui donne à l’eau du robinet un goût parfois désagréable. La plupart des modèles sont également dotés de résine échangeuse d’ions, destinée à capter le calcaire – pour le remplacer par du sodium –, divers métaux (plomb, cuivre, zinc, fer) et, sur quelques références, les nitrates. Certains fabricants promettent, en outre, une rétention des pesticides. En revanche, aucun système ne peut débarrasser l’eau du robinet d’éventuelles traces de médicaments, d’hormones ou d’aluminium. Les industriels soulignent que les performances de leurs appareils sont conditionnées par le respect des consignes d’utilisation : les cartouches des carafes doivent être changées après avoir traité environ 150 l d’eau ou un mois après avoir été extraites de leur emballage. Les dispositifs qui s’adaptent au robinet offrent une autonomie supérieure – parfois plusieurs milliers de litres – et peuvent rester en place 3 ou 4 mois. Ces remplacements réguliers de cartouches engendrent des frais (une centaine d’euros par an), à prendre en compte au moment de l’achat de la carafe.

Est-ce le seul moyen de retenir le chlore ?

 Tous les matériels de filtration sont efficaces – même en fin de vie des cartouches – pour débarrasser l’eau du robinet du goût désagréable de chlore, dont elle est chargée dans certaines localités. Néanmoins, nul besoin d’investir dans une carafe ou un filtre pour robinet si vous souhaitez simplement retrouver une saveur neutre. Il suffit de remplir un broc, puis de laisser reposer son contenu – auquel vous pouvez éventuellement ajouter quelques gouttes de jus de citron – une heure ou deux au réfrigérateur pour que le chlore disparaisse.

Quid de la rétention du calcaire ?

 Là aussi, les systèmes de filtration s’en sortent bien. Mais, cette fois encore, la question de la pertinence des dispositifs de traitement se pose. La consommation d’une eau dure (riche en calcaire) n’est, en effet, pas problématique d’un point de vue sanitaire, le calcium présent dans l’eau étant assimilable par l’organisme, et même bénéfique. Certaines marques font, d’ailleurs, un argument de vente de la teneur élevée en calcium de leurs eaux minérales. La seule raison justifiant la mise en place d’un système de filtration du calcaire est la préservation des appareils électroménagers, du ballon d’eau chaude et des canalisations. Dans ce cas, mieux vaut installer un adoucisseur d’eau centralisé.

D’autres solutions pour échapper au plomb ?

 Les charbons actifs contenus dans les cartouches des carafes et des filtres pour robinets diminuent effectivement la teneur en plomb dans l’eau. Une filtration utile car les normes européennes intégrées dans le Code de la santé publique sont très restrictives. Depuis 2003, elles ont abaissé la limite tolérable à 25 mg de plomb par litre d’eau, contre le double auparavant. En décembre 2013, cette valeur maximale ne devra pas dépasser 10 mg/l. Pour y parvenir, il faudra obligatoirement remplacer les canalisations en plomb. Si leur fabrication est interdite depuis 1995 et leur installation largement délaissée depuis les années 1960, elles sont encore présentes dans environ un tiers des logements.
Quoi qu’il en soit, les eaux de distribution ne peuvent, à elles seules, provoquer une intoxication au plomb (saturnisme). Si votre logement est encore raccordé à des canalisations en plomb, vous pouvez éliminer ce métal de l’eau en la laissant couler quelques instants avant de la consommer. Évitez de relier l’électricité à la terre en utilisant les canalisations et ne tirez pas de l’eau chaude pour la cuisine.

Comment vérifier la qualité de l’eau du robinet ?

 L’eau distribuée à domicile doit respecter une batterie de normes édictées au niveau européen et élaborées à partir de recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Une personne de 60 kg doit pouvoir en boire 2 l par jour pendant 70 ans sans en pâtir. Pour quantifier ces normes, “on prend la dose la plus forte ne produisant aucun effet sur l’organisme et l’on y ajoute des facteurs de sécurité en divisant la valeur par 100 ou 1 000”, explique Yves Lévi, professeur de santé publique à l’université Paris-Sud 11 et membre de l’Académie nationale de pharmacie. Chaque année, les services sanitaires français effectuent environ 4 millions d’analyses sur les eaux du robinet. En 2008, 99,61 % des analyses bactériologiques et 98,65 % des analyses physico-chimiques étaient conformes aux normes. Il existe, certes, des anomalies locales très ponctuelles liées à des circonstances climatiques exceptionnelles, à des défaillances matérielles ou humaines. Dans ces conditions, les pouvoirs publics avertissent immédiatement la population concernée et interdisent la consommation de l’eau.
Il est toujours possible de consulter les rapports d’analyses de la qualité de l’eau : la loi précise qu’ils doivent être communiqués “en des termes simples et compréhensibles par tous les usagers”. Ils sont affichés en mairie et disponibles sur les sites Internet du ministère de la Santé et des agences régionales de santé. De plus, une fois par an, votre facture d’eau doit être accompagnée de ces résultats.
Les consommateurs sont particulièrement vigilants sur les nitrates, notamment en Bretagne, où les valeurs limites des normes sont quelquefois atteintes. Mais il faut savoir que d’autres polluants (médicaments, hormones, retardateurs de flamme, etc.) ne sont pas encore pris en considération dans les normes en vigueur.

Doit-on préférer les eaux en bouteille ?

 Les eaux minérales et de source sont issues des nappes souterraines, mieux protégées des rejets polluants liés à l’activité humaine, ce qui n’est le cas que pour 62 % des eaux du robinet (38 % étant tirées des eaux de surface). Elles doivent respecter les mêmes normes de qualité que les eaux du robinet et ne peuvent subir que quelques traitements (élimination du fer, du manganèse ou des gaz par aération, filtration ou décantation).
Les eaux minérales naturelles se caractérisent par la stabilité de leur composition minérale. Elles contiennent plus ou moins de minéraux – certaines sont particulièrement riches en calcium ou en sodium ; d’autres, en magnésium ou en fluor –, ce qui permet aux marques de revendiquer des effets thérapeutiques. Par ailleurs, les captages de ces eaux doivent être protégés par un périmètre sanitaire d’émergence restreignant l’installation d’activités humaines (agriculture intensive…) pouvant nuire à la qualité de l’eau.
La composition d’une eau de source n’est pas obligatoirement stable, elle peut varier suivant la période de l’année. Certaines eaux de source d’une même marque, comme Cristalline, sont puisées dans différentes nappes. Selon que vous achetez une bouteille à Lille ou à Biarritz, vous ne boirez donc pas la même eau. Il arrive également – mais rarement – que les eaux du robinet soient prélevées dans les mêmes gisements que les eaux de source (voir LPP n° 322). Et selon Yves Lévi, la composition minérale moyenne de l’eau de la Seine est identique à celle de l’Évian !

Vincent Delfau


Mots-clés :

EAU , EAU EMBOUTEILLEE , PESTICIDE , PLOMB , POLLUTION




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