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L'étude thermique, la garantie d'une rénovation efficace

L'étude thermique, la garantie d'une rénovation efficace
Mars 2011
Le Particulier n° 1059, article complet.
Auteur : VALIN-STEIN (Valérie)

À peine 2 % des logements ayant fait l’objet d’une rénovation auraient bénéficié d’une amélioration de leurs performances énergétiques. Un audit thermique préalable permet de rentabiliser votre investissement.

Phénomène de mode, prise de conscience écologique, réaction face à l’augmentation du coût de l’énergie… les particuliers rénovent de plus en plus leur logement », constate Dimitri Molle, cofondateur du bureau d’études thermiques Sénova. Quant aux réfractaires, ils sont déjà pénalisés par la mention obligatoire de la classe énergétique sur les annonces immobilières et seront bientôt rattrapés par la loi. En effet, le Grenelle de l’environnement prévoit à l’horizon 2020 que les logements français ne devront pas consommer plus de 150 kWh/m² par an. Sachant que leur consommation moyenne tourne, aujourd’hui, autour de 330 kWh/m² – voire 400 et plus, pour les maisons très énergivores –, on comprend l’ampleur de la tâche. Rénover thermiquement un bien trop gourmand en énergie va donc devenir une nécessité. Mais pour que les travaux soient le plus rentables possible (et le plus bénéfiques pour la planète), ils doivent être entrepris dans un certain ordre et être cohérents.

Il est indispensable d’avoir une vision d’ensemble

Bien souvent, c’est l’artisan arrivé le premier sur les lieux qui donne le ton de la rénovation. « Les particuliers commencent, en général, par s’adresser à un chauffagiste, qui, bien sûr, leur conseille de changer de chaudière. Au final, ils consommeront, certes, un peu moins, mais il y aura toujours autant de déperditions », déplore Bernard Loriot, dirigeant du bureau d’études thermiques AET Loriot. Quand ce n’est pas le chauffagiste, c’est le menuisier qui est appelé à la rescousse. Or, remplacer les fenêtres ne se révèle pas forcément la solution la plus efficace. « Dans une maison, les déperditions énergétiques se répartissent de la façon suivante : 25 % pour les toitures, 20 % pour les murs, 20 % pour les sols, 20 % pour la ventilation et seulement 15 % pour les fenêtres », explique Jean-François Battoue, responsable de l’efficacité énergétique à GDF Suez. « Beaucoup de propriétaires se trompent dans les priorités d’isolation ; ils ont tendance à ne remplacer que ce qui se voit », renchérit Patrick Freine, directeur de Laforêt immobilier pour la région Est. Des travaux réalisés au coup par coup et sans réflexion globale ne vous permettront pas d’optimiser les gains. Ils pourront même être à l’origine de désordres, comme une humidité excessive. « Lorsqu’on change les fenêtres, on occulte trop souvent la question du renouvellement de l’air. S’il n’est pas possible d’installer une ventilation mécanique contrôlée, il faut, au moins, créer des ouvertures dans la ­maçonnerie », conseille Éric Lagandré, directeur technique et juridique de l’Agence nationale de l’habitat (Anah), qui, sous certaines conditions, peut prendre en charge une partie de la rénovation. « Des travaux mal pensés deviennent rapidement obsolètes ou inefficaces », avertit l’architecte lyonnais Pierre Lévy.

Le diagnostic de performance énergétique est un premier indicateur

Dès lors que vous avez acheté votre maison après le 1er novembre 2006, vous devez disposer d’un diagnostic de performance énergétique (DPE). Si vous n’en avez pas, vous pouvez toujours en faire réaliser un, moyennant de 100 à 250 €. Il évalue, sur une échelle allant de A (la meilleure performance) à G (la moins bonne), la consommation énergétique annuelle et globale du logement, ainsi que son niveau d’émissions de gaz à effet de serre. Ce document de quelques pages comporte, en outre, des préconisations succinctes pour faire baisser votre facture. « Le diagnostiqueur est tenu de faire des recommandations. Il présente les solutions une par une, en notant leur intérêt en termes de retour sur investissement », explique Serge Muller, vice-président de la Fédération interprofessionnelle du diagnostic immobilier (Fidi). Le résultat est, généralement, obtenu à partir du calcul de consommation conventionnelle des logements (3CL) ou de la méthode dite « sur factures », moins objective car dépendant du comportement des occupants (selon qu’ils chauffent à 19 ou à 25 °C, par exemple). Lorsqu’il est correctement réalisé – attention, malgré une certification obligatoire, la fiabilité de certains diagnostiqueurs laisse parfois encore à désirer –, le DPE suivant la méthode 3CL peut être très utile. « Même s’il est insuffisant dans une optique de réalisation de travaux, le DPE permet de situer le logement thermiquement. On saura ainsi s’il est bon, moyen ou mauvais », assure Frédéric Henry, responsable de la prévention à l’Agence qualité construction. En fonction du résultat obtenu, vous saurez si vous pouvez, ou non, envisager des travaux de rénovation thermique. « À partir d’une classe énergétique D, la question mérite d’être posée », souligne Thierry Martin, directeur général Sud du bureau d’études ABM énergie conseil.

L’étude thermique permet d’évaluer précisément les déperditions

L’étude thermique vous permettra de connaître, pièce par pièce, la consommation en énergie et les déperditions énergétiques de votre habitation. De plus, cette étude est un préalable à l’obtention des labels de performance énergétique dans l’ancien et de l’éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ) d’un montant de 30 000 € (voir encadré p. 52).
Notez que la profession d’ingénieur thermicien n’étant pas réglementée, mieux vaut prendre certaines précautions. Assurez-vous ­systématiquement que votre interlocuteur est titulaire d’une assurance responsabilité civile et décennale délivrées au titre de bureau d’études thermiques. « Demandez aussi quelle est la méthode de calcul utilisée. Si ce n’est pas la TH-C-E ex, il y a de grands risques pour que ce ne soit pas une véritable étude thermique », insiste Bernard Loriot. La TH-C-E ex permet une évaluation fine de la consommation énergétique d’un logement. « Cette méthode est beaucoup plus fouillée que la 3CL, utilisée par les diagnostiqueurs. Elle prend, en effet, en compte l’ensemble des éléments constitutifs de la maison : paroi par paroi et mur par mur. Ces derniers ne sont pas tous construits avec les mêmes composants, et leur orientation varie. De plus, ils peuvent être à l’origine de déperditions plus ou moins importantes suivant qu’ils donnent sur l’extérieur ou sur une pièce chauffée. L’ingénieur thermicien intègre dans son audit les systèmes de production de chauffage et d’eau chaude ainsi que le type de ventilation existante. Il tient compte aussi des spécificités géographiques de la maison comme l’altitude ou l’exposition au vent », explique Didier Grimaud du bureau d’études Thermiconseil. En outre, la subjectivité est écartée puisque les hypothèses de calcul sont conventionnelles : les occupants, par exemple, sont supposés se chauffer à 19 °C. Cela signifie qu’une étude thermique réalisée, pour une même maison, par deux thermiciens différents donnera un résultat identique.
Le thermicien passera en moyenne 2 heures sur place. Plus si en l’absence de plan il doit prendre des mesures. Vous recevrez ensuite un dossier d’une trentaine de pages. Cette étude, plus fiable et plus précise qu’un DPE, vous reviendra également plus cher : comptez de 800 à 1 500 € en fonction de la taille de la maison. Mais c’est la seule manière de véritablement optimiser votre budget travaux.

Des scénarios de travaux adaptés à votre maison

En tenant compte des déperditions, l’ingénieur thermicien vous signalera les points à traiter en priorité. Il envisagera, pour cela, plusieurs scénarios de rénovation thermique (trois, en général) qui comporteront, chacun, un bouquet de travaux plus ou moins important. « Non seulement l’audit donne une idée des travaux à réaliser, mais il permet de les hiérarchiser », explique Dimitri Molle. « Grâce à l’étude thermique, le particulier va s’apercevoir que, en fonction de son budget, la priorité n’est pas de changer les fenêtres mais plutôt d’isoler la maison », ajoute Rachel Denis-Lucas, responsable de la société Denis Matériaux. Cette isolation pourra n’être que partielle. L’étude thermique permettant d’évaluer les déperditions paroi par paroi, vous pourrez être amené à isoler, par exemple, le seul mur pignon situé au nord, alors qu’un simple DPE aurait peut-être préconisé une isolation de la totalité du bâti. La solution la plus aboutie – et la plus onéreuse – prévoit, généralement, le recours aux énergies renouvelables. On est loin du remplacement ponctuel des fenêtres ou de la chaudière décidé à la légère ! « Pour être efficace, une rénovation doit être conçue sur mesure », martèle Didier Bader, du bureau d’études Thermiconseil.
Cette notion de sur mesure a bien failli faire défaut à Catherine Degano, propriétaire d’une maison d’architecte en Seine-et-Marne. « Nous avons fait construire notre maison, que nous avons voulue ouverte et sans cloisons, en 2004. Notre projet a été validé par un architecte et par Promotelec. Après notre emménagement, nous avons été désagréablement surpris non seulement par le montant de notre facture d’électricité, mais aussi par la sensation d’inconfort liée aux déplacements d’air. Les chauffagistes que nous avons contactés nous conseillaient de remplacer les radiateurs ou de changer de système de production de chauffage. Peu convaincus par leurs préconisations, nous avons fait appel à un ingénieur thermicien. Celui-ci nous a suggéré, dans un premier temps, de créer des cloisons mobiles afin de limiter les déplacements d’air, d’isoler les portes donnant sur l’extérieur et d’ajouter quelques radiateurs à l’étage. Ces aménagements répondent à notre double objectif : diminuer notre facture et améliorer notre confort de vie. Les chauffagistes, avec des solutions bien plus onéreuses, ne nous auraient pas apporté de tels résultats. »

Choisir le bon artisan, un exercice difficile

Une fois votre étude thermique en main, il vous reste à choisir les artisans capables de mettre en œuvre les préconisations de l’ingénieur thermicien. Un exercice d’autant plus difficile que vous devez, généralement, vous débrouiller seul. « Nous ne fournissons pas de références d’entreprises, mais nous assurons un suivi de nos clients. Ceux-ci peuvent nous soumettre les devis qu’ils ont reçus afin que nous vérifiions si nos préconisations techniques, telles que l’indice de résistance thermique des isolants ou des fenêtres, ont bien été respectées », explique Didier Grimaud.
Le bouche à oreille peut être un bon moyen de trouver une entreprise ; informez-vous auprès de vos proches. « Renseignez-vous également auprès des fabricants de matériaux. Ils savent quels sont les artisans habitués à travailler le bois, par exemple, ou un type d’isolant particulier », conseille Dimitri Molle. Vous pouvez aussi interroger les grandes organisations professionnelles. Celles-ci ont mis en place des certifications validant les ­compétences de leurs adhérents en matière de rénovation énergétique : les Pros de la performance énergétique à la Fédération française du bâtiment (FFB) ; les Éco-artisans à la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb) ; Efficacité énergétique des logements pour Qualibat. « Les 650 entreprises titulaires de la mention Efficacité énergétique ne se contentent pas d’être compétentes dans leurs corps de métiers. Elles sont capables de porter un regard global sur le fonctionnement énergétique du logement », souligne Marie-Dominique Monségur, directrice générale de Qualibat.
De leur côté, EDF et GDF Suez ont développé, via leurs programmes respectifs Bleu ciel EDF et Gaz de France Dolcevita, un partenariat avec un certain nombre d’artisans qualifiés. « Les partenaires de Dolcevita sont, pour la plupart au moins, titulaires d’une des qualifications délivrées par Qualit’EnR : Qualibois, QualiPV pour le photovoltaïque ; Qualisol pour les installations solaires ; Qualipac pour les pompes à chaleur », explique Jean-François Battoue. Quant aux partenaires Bleu ciel EDF, ils s’engagent à respecter un strict référentiel, et leurs chantiers sont régulièrement contrôlés.

Certains organismes supervisent vos travaux

Sélectionner des entreprises compétentes n’est pas la seule difficulté à laquelle vous serez confronté. En effet, un audit thermique fait, généralement, intervenir plusieurs corps de métiers, qu’il vous faudra chapeauter. Sénova est l’un des rares bureaux d’études thermiques à vous épargner cette tâche en vous proposant, moyennant de 8 à 15 % du montant des travaux, une prestation de maîtrise d’œuvre. À noter : cette offre ne concerne que la région parisienne. Vous pouvez aussi faire appel à un architecte spécialisé dans les rénovations énergétiques. C’est, par exemple, le cas des membres du réseau des Architecteurs. Ils adhèrent au programme de rénovation Adélie, qui vise à améliorer sensiblement la performance énergétique dans l’existant. Enfin, Thermorenov, une association regroupant une cinquantaine de membres répartis sur l’ensemble de la France peut, après vous avoir mis en contact avec un bureau d’études thermiques si vous n’en connaissez pas, prendre en main l’ensemble de vos travaux énergétiques. « Le maître d’ouvrage signe avec le “thermorénovateur” un marché de travaux global et forfaitaire, ce qui permet de garantir à la fois le prix et les délais », explique Gérard Le Flohic, coprésident de l’association.
Ainsi paré, il vous sera possible de diminuer votre facture d’énergie, pour un budget pas forcément très élevé. « Aujourd’hui, une rénovation thermique de 20 000 à 30 000 € peut permettre de diviser par deux ou trois la facture énergétique », assure Didier Bader. À condition, évidemment, de la concevoir correctement…

Valérie Valin-stein


Mots-clés :

DEVELOPPEMENT DURABLE , DIAGNOSTIC DE PERFORMANCE ENERGETIQUE , DPE , ECO-PTZ , ECONOMIE D'ENERGIE , ISOLATION THERMIQUE , TRAVAUX




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