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Assurance vie : bilan de santé des fonds en euros

Assurance vie : bilan de santé des fonds en euros
Septembre 2010
Le Particulier n° 1052, article complet.
Auteur : LEROUX (Eric)

Le placement préféré des Français semble promis à un avenir en demi-teinte. La conjoncture financière et de nouvelles règles comptables vont peser sur les performances des fonds en euros. Mais, dans la catégorie des placements sûrs, ils restent imbattables.

Avec 1 285 milliards d’euros qui y fructifient, et un rythme de collecte qui ne s’essouffle guère, l’assurance vie demeure le placement financier préféré des épargnants français. Ce sont tout particulièrement les fonds en euros, dotés d’une garantie permanente sur le capital et les intérêts, qui en bénéficient, puisqu’ils recueillent 87 % des sommes placées depuis le début de l’année. Malgré la diminution régulière de leurs rendements, à 3,6 % en moyenne l’an dernier (avant prélèvements sociaux), et alors que les formules d’investissement à court terme ne rapportent guère plus de 1 %, ces fonds garantis ont continué à afficher un rapport sécurité/rendement particulièrement favorable et ont fait mieux que tous les autres placements sans risque. Comparé à une inflation inférieure à 1 %, le résultat de 2009 a même été exceptionnellement élevé, avec un gain de pouvoir d’achat supérieur à 2 %, voire à plus de 3 % pour les meilleurs contrats.

Des rendements en net recul dans les prochaines années

Si les assureurs ne manquent pas une occasion de mettre en avant ces performances satisfaisantes, voire de promettre des taux de revalorisation attractifs à court terme, la plupart omettent d’évoquer l’avenir à moyen ou long terme de ce placement. Pourtant, il ne s’annonce pas radieux : la plupart des spécialistes imaginent des rendements au plus bas, à 2 ou 2,5 % dans les prochaines années ; un taux que connaissent déjà quelques détenteurs de vieux contrats oubliés (voir le n° 1050 du Particulier, p. 32). En cause, un environnement financier peu favorable et la perspective de nouvelles règles européennes pour garantir la solvabilité des sociétés d’assurance vie, qui conduisent ces dernières à modifier leurs investissements. Si l’épargne reste en sécurité dans les fonds en euros, en continuant à profiter de la garantie sur le capital et de l’effet de cliquet sur les intérêts (ils augmentent le capital et sont, à leur tour, garantis), leurs performances risquent de les reléguer à l’arrière-plan des stratégies de placements. D’autant que les avantages fiscaux de l’assurance vie pourraient être réduits à l’occasion de la prochaine loi de finances. Évidemment, il y aura toujours des assureurs plus performants que d’autres, grâce à des politiques de gestion plus éclairées ou des réserves plus conséquentes, mais même ceux-là ne semblent pas pouvoir échapper à la chute des rendements.
En 2010, comme les années précédentes, les performances des fonds en euros vont continuer à s’éroder. Certes, elles ne seront connues qu’en début d’année prochaine, après l’arrêté des comptes, mais la forte baisse des taux d’intérêt des obligations – qui constituent le principal actif financier des fonds en euros ; voir encadré p. 34 – ne fait que présager une diminution. Toutes les sommes qu’investissent aujourd’hui les assureurs sont placées dans des conditions très défavorables : les emprunts d’État ayant une bonne signature, c’est-à-dire offrant les meilleures garanties de paiement des intérêts et de remboursement du capital au terme, affichent un taux d’intérêt particulièrement bas. Au premier semestre, les taux des emprunts à 10 ans de la France sont descendus en dessous de 3 %. Ceux des entreprises solides sont un peu plus rémunérateurs, mais rarement au-dessus de 4 % pour les plus solides. Si l’on ajoute des placements de trésorerie à 1 % par an et des actions qui peinent à remonter et empêchent les assureurs de réaliser des plus-values, le tableau est plutôt sombre. La forte baisse des taux des obligations ne se traduira pas immédiatement dans les revalorisations servies aux assurés. Les obligations anciennes que les assureurs détiennent en portefeuille et dont les rendements sont plus élevés ont un effet amortisseur. Plusieurs sociétés d’assurance vie évoquent une baisse de 0,10 à 0,20 % en 2010, et des rendements moyens de 3,4 à 3,5 %. En revanche, les pronostics à long terme sont beaucoup plus réservés. Les obligations actuelles à faible rémunération vont peser pendant plusieurs années sur les revenus encaissés par les portefeuilles des fonds en euros, alors que la part des titres à plus gros rendements va diminuer du fait de l’arrivée à échéance des obligations achetées il y a 5, 7, 10 ans ou plus. Le principal moteur de performance des fonds en euros tourne donc au ralenti et rien n’indique qu’il pourra remonter en régime rapidement.

De nouvelles contraintes pour les assureurs

Parallèlement, de nouvelles règles européennes pour garantir la solvabilité des assureurs vie entreront en application à partir de 2013. Elles devraient conduire les sociétés à limiter la diversification de leurs investissements sur les produits considérés comme à risque, à commencer par les actions. Ce dispositif, baptisé Solvabilité II, obligera les gestionnaires de fonds en euros à détenir en permanence suffisamment de capitaux propres,  (voir encadré ci-contre) pour compenser une forte baisse de la valeur des titres acquis pour le compte des assurés. Dans les dernières versions de ce texte, il est exigé que les sociétés aient les moyens d’affronter une baisse de valeur de 45 % des actions détenues en portefeuille pendant un an, un taux qui n’a cessé d’augmenter avec la crise. Même si ce niveau n’est pas définitif – d’âpres négociations sont engagées entre les assureurs et les pouvoirs publics –, cette directive conduira les compagnies à réduire la part des actions dans leur portefeuille. Soit parce qu’elles ne disposent pas de fonds propres suffisants pour faire face à une telle diversification, soit parce que leurs fonds propres sont insuffisamment rémunérés. Aujourd’hui, une société doit mobiliser 4 € de fonds propres pour  100 € confiés par ses clients. Si, grâce à une partie des frais de gestion (0,5 à 1 % par an) et des gains financiers, son activité lui rapporte 0,30 € pour 100 €, ses 4 € de fonds propres ont un rendement de 7,5 % par an (0,30 €/4 € x 100). Cela correspond aux attentes des actionnaires. Si l’assureur doit augmenter ses fonds propres pour les porter à 10 €, par exemple, afin de satisfaire aux nouvelles normes de solvabilité, les 0,30 € de gains ne représenteront plus que 3 % de rendement des fonds propres. C’est peu, au regard des risques supportés par une société d’assurance vie. Les assureurs peuvent donc se rabattre sur les emprunts d’État qui nécessitent le moins de fonds propres, et les assurés ne pourront plus compter sur les dividendes et les plus-values réalisées sur le marché boursier qui venaient gonfler régulièrement les rendements obligataires, ou alors, de manière très marginale. À supposer que les assureurs consacrent l’essentiel de leurs investissements aux emprunts d’État, qui sont les moins exigeants en capitaux propres, les rendements des fonds en euros tomberaient au niveau du rendement moyen de ces emprunts, moins les frais. Soit, dans l’état actuel des taux, des performances comprises entre 2 et 2,5 % avant prélèvements sociaux.
Quel que soit le niveau de capital fixé par la directive Solvabilité II, les assureurs savent que la diversification risque de leur coûter cher. Ils ont déjà réduit leur exposition aux actions, à l’immobilier et aux obligations d’entreprises. Mais chacun à son rythme, ce qui pourrait conduire, dans les
2 ans à venir, à des écarts sensibles dans les rendements distribués : les plus pressés à se conformer aux règles européennes devraient voir leur performance diminuer plus vite que ceux qui peuvent prendre leur temps. De plus, les nouvelles normes comptables seront applicables à l’assurance vie mais pas aux fonds de pension pour la retraite, pour lesquels les exigences de capitaux propres sont bien moindres. Il n’existe pas de tels fonds en France, mais certains spécialistes estiment que le Plan d’épargne retraite populaire (Perp) pourrait être considéré comme tel, puisqu’il fonctionne sur le même principe. Le cas échéant, les fonds en euros vendus dans le cadre d’un Perp pourraient devenir une formule financièrement plus attractive que celle des fonds en euros d’assurance vie, car les actifs y seraient plus diversifiés.

Des réserves renforcées pour améliorer les performances

Si la baisse de rendement semble incontournable, elle n’atteindra pas tous les assurés avec la même ampleur. D’une part, certaines sociétés qui disposent de fonds propres confortables et qui n’en attendent pas une rentabilité trop importante – notamment certaines mutuelles et filiales de mutuelles – pourraient maintenir une part de diversification dans leurs actifs et, ainsi, dégager de meilleures revalorisations. D’autre part, selon l’époque où ils ont été alimentés et les choix de gestion de l’assureur, les portefeuilles n’ont pas tous le même potentiel. Comme l’indique le tableau page 33 (« performance brute 2009 »), les taux de rendement moyens des portefeuilles des assureurs ont été très variables l’an dernier, allant de 2,5 % à plus de 6 %. Les taux les plus bas s’expliquent principalement par la constitution de provisions comptables destinées à faire face à la baisse de valeur des titres détenus. Mais elles ne préjugent pas de leurs rendements à venir.
Pour renforcer la revalorisation servie à leurs assurés, les sociétés disposent aussi, pendant quelques années, des réserves qu’elles ont réalisées durant les bons exercices. La principale d’entre elles est la provision pour participation aux excédents (PPE dans le jargon des assureurs). Elle est constituée librement par l’assureur lorsqu’il ne souhaite pas distribuer en une fois tous ses bénéfices. C’est une sorte de tirelire qui appartient intégralement aux assurés et doit leur être versée dans les 8 années qui suivent son inscription en compte.
En moyenne, les sociétés qui ont répondu à notre enquête (voir tableau p. 33) ont mis en réserve l’équivalent de 1,33 % de rendement. C’est plus qu’à la fin de 2008, mais cela reste bien modeste pour soutenir sensiblement et durablement les performances. De plus, derrière cette moyenne se cachent, encore une fois, de grands écarts. À l’opposé de fonds en euros, comme celui du contrat de l’Afer qui dispose, en théorie, depuis 2008 d’une PPE mais qui n’a jamais été dotée (tous les gains sont distribués au fur et à mesure), on trouve celui de la SMAvie BTP qui a mis de côté 4,32 % de rendement, soit une année de résultat d’avance. Cette mutuelle des professionnels du bâtiment fait toutefois figure d’exception aujourd’hui. Generali, qui arrive juste derrière, affiche 3,23 % de gains en réserve. Dans ces conditions, les contrats en euros diffusés par les assureurs ayant les plus fortes PPE ont un atout de plus !
Une autre réserve, qui n’appartient pas aux assurés mais aux assureurs, pourrait être amenée à jouer un rôle important : la réserve de capitalisation. Elle est constituée par la plus-value dégagée par les assureurs lorsqu’ils revendent des obligations à taux fixe, et ne peut être récupérée que pour compenser des moins-values réalisées par des obligations du même type. Cette réserve est d’un secours précieux en cas de hausse des taux d’intérêt des obligations car elle permet aux assureurs de revendre des titres anciens à perte pour en acheter de nouveaux plus rémunérateurs, et ainsi de renforcer plus vite la rentabilité du fonds en euros dans une période où l’évolution des obligations fait l’objet de nombreuses incertitudes, l’inertie des fonds en euros ne permettant de profiter immédiatement d’une augmentation des taux d’intérêt. En moyenne, cette réserve est inférieure de moitié à la PPE et ne permettrait donc pas de supporter un grand choc. Reste que là aussi, certaines sociétés sont mieux dotées que d’autres, à l’image de Maaf vie qui y dispose de plus de 5,7 % d’équivalent rendement. Un surplus de performance peut également provenir de la réalisation de plus-values sur les actions ou l’immobilier. Sur ce point, il ne faut cependant pas attendre de miracles, car ces plus-values ont fondu avec la crise (elles représentaient 1,54 % de rendement à la fin 2009 sur la base des sociétés ayant répondu à notre enquête) et sont soumises à la forte volatilité des marchés. Rien ne permet de penser que les gestionnaires utiliseront cette corde à court terme. Et à long terme, si les futures normes de solvabilité sont adoptées, c’est un poste qui pourrait quasiment disparaître, faute de diversification des portefeuilles.

Les placements sûrs les plus rentables

Les fonds en euros lancés récemment ont profité d’une conjoncture plus favorable. Ce sont eux qui ont affiché les performances les plus élevées en 2008 et 2009. La société Axéria, filiale d’April Group, a ainsi distribué plus de 5 %, grâce à des obligations d’État ou de grandes entreprises achetées à prix cassé pendant la crise. N’ayant pas à supporter le poids d’obligations récentes à bas rendement ou d’actions en pertes, ces nouveaux fonds ont saisi de belles opportunités et ont aujourd’hui un temps d’avance. L’environnement actuel et la normalisation du fonctionnement des marchés financiers, qui s’est traduite par un resserrement des rendements des obligations, ne leur profitent cependant pas. Comme les autres assureurs, ils doivent investir dans des placements peu rentables et diminuent donc le rendement global de leur portefeuille. Si la situation devait durer, ils rentreraient rapidement dans le rang ; en revanche, toute hausse des taux d’intérêt leur serait immédiatement profitable. Ils restent donc les mieux armés pour affronter une situation d’emballement de l’économie, mais sont impuissants si la croissance ralentit et si les taux d’intérêt restent bas. Face à de telles perspectives, faut-il encore investir dans les fonds en euros ? Oui, si vous privilégiez la sécurité, car ils restent les placements sans risque les plus performants, bien que l’écart se réduise avec les produits de court terme. Il n’existe pas d’alternative bénéficiant d’une telle sécurité. Si les prix restent sages, les rendements seront supérieurs à ceux de l’inflation et des placements de trésorerie, ce qui est déjà bien. À l’inverse, si l’inflation et les taux d’intérêt repartent à la hausse (ce que ne prévoient pas les économistes durant les 2 prochaines années), les performances ne suivront pas immédiatement. Un tel scénario pourrait virer au noir pour les assureurs, si de nombreux assurés retiraient l’argent de leur contrat pour le placer dans des formules nouvelles plus rentables. Les assurés ne seraient pas épargnés puisque les demandes de retrait pourraient dans un cas grave être bloquées de manière à éviter aux assureurs de revendre à perte des obligations. Mais rassurez-vous : ce risque est aujourd’hui théorique !

Une prise de risque pour gagner plus

Il n’existe, hélas, pas de martingale pour gagner plus avec autant de sécurité : il est nécessaire d’accepter une dose de risque, sur une partie au moins des capitaux placés. Cela passe par l’investissement dans des unités de compte et surtout des supports en actions, volatils mais aux perspectives plus prometteuses à long terme. En plaçant 80 % sur un fonds en euros avec un horizon de 10 ans et 20 % sur des unités de compte, vous êtes quasiment certain de récupérer votre capital initial, et beaucoup plus si les marchés boursiers repartent. Par exemple, si les unités de compte progressent de 7 % par an et le fonds en euros de 3 %, 10 000 € investis aujourd’hui seront devenus 14 813 € dans 10 ans, contre 13 464 € si la somme est entièrement placée sur le fonds en euros. Si vous avez du temps et acceptez des variations de capital à court terme, c’est la seule alternative pour tenter de gagner plus avec l’assurance vie, sans risquer
l’essentiel.

Éric leroux


Mots-clés :

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